YAOUNDÉ — Réunis du 22 au 24 septembre 2026 au Palais des Congrès de Yaoundé, des parlementaires d’Afrique centrale, entourés de scientifiques, de représentants des États et de partenaires internationaux, ont franchi une nouvelle étape dans leur engagement en faveur de la protection des forêts du Bassin du Congo. À l’issue de trois jours d’échanges, ils ont adopté à l’unanimité la Déclaration de Yaoundé, qui place la science, la finance climatique et la justice sociale au cœur de l’action législative.

Derrière cette déclaration, une ambition se dessine : mieux transformer les connaissances scientifiques en décisions publiques et permettre aux pays d’Afrique centrale de mobiliser davantage de ressources pour protéger leurs écosystèmes tout en répondant aux besoins de leurs populations.
La science appelée à entrer au cœur des lois et des budgets
Face aux défis climatiques et à la fragmentation des cadres juridiques nationaux, les parlementaires souhaitent renforcer le rôle de l’expertise scientifique dans le processus de décision.
La Déclaration prévoit notamment l’institutionnalisation de l’expertise scientifique, afin que les résultats de la recherche puissent être davantage pris en compte dans l’élaboration des lois, le vote des budgets publics et le contrôle de l’action gouvernementale.
Les parlementaires proposent également la création d’un tableau de bord parlementaire consacré au climat, aux forêts et à la biodiversité, ainsi que l’organisation d’auditions annuelles de chercheurs avant l’examen des lois de finances.
L’objectif est clair : rapprocher davantage le monde scientifique des institutions chargées de légiférer et de contrôler l’action publique.
Dans cette perspective, le partenariat entre le REPAR, la COMIFAC et l’OFAC devrait également être renforcé, notamment à travers un réseau de points focaux et un mécanisme régulier d’échange d’analyses scientifiques adaptées aux travaux des commissions parlementaires.
Le financement climatique au centre des préoccupations
Au-delà de la production des connaissances, la question des moyens financiers apparaît comme l’un des principaux défis de la conservation des forêts d’Afrique centrale.
La complexité des procédures d’accès aux fonds internationaux, le nombre encore limité de projets suffisamment préparés pour être financés et les capacités techniques insuffisantes constituent, selon les participants, des obstacles importants à la mobilisation des ressources climatiques.
Pour y répondre, la Déclaration de Yaoundé propose notamment la création du Congo Basin Forest Finance Facility (CBFFF).
Cet instrument financier régional aurait vocation à accompagner la mise en œuvre du Plan de convergence 2026-2035 de la COMIFAC et à contribuer au financement des politiques climatiques nationales.
Les parlementaires souhaitent également renforcer l’ingénierie financière et technique des projets. Un dispositif sous-régional d’assistance pourrait ainsi accompagner les États et les institutions dans la préparation de projets bancables et dans les démarches d’accréditation auprès des fonds climatiques internationaux.
Plus de transparence sur l’utilisation des financements
Mobiliser davantage de ressources suppose également de pouvoir suivre leur utilisation.
La Déclaration met ainsi l’accent sur la transparence, avec la proposition d’un rapport annuel des gouvernements sur les financements climatiques mobilisés et leur affectation effective sur le terrain.
Cette exigence vise à améliorer la traçabilité des ressources et à rapprocher les financements internationaux des réalités vécues par les communautés qui dépendent directement des ressources forestières.
Les communautés locales et les peuples autochtones au cœur de la transition
La protection des forêts ne peut, selon les participants, être dissociée des droits et des conditions de vie des populations qui vivent dans et autour des écosystèmes forestiers.
La Déclaration accorde ainsi une place importante à la justice sociale, notamment à travers la volonté de garantir un partage plus équitable et transparent des bénéfices issus des crédits carbone et de la valorisation des services écosystémiques.
Les parlementaires appellent également à rapprocher les législations nationales sur le climat et les marchés carbone dans les différents pays d’Afrique centrale.
Cette harmonisation doit permettre de renforcer la cohérence des politiques publiques et de mieux encadrer les mécanismes liés à la finance carbone.
Congo, Amazonie et Asie du Sud-Est : vers une voix commune des grands bassins forestiers
Autre proposition forte : la création d’une alliance interparlementaire des trois grands bassins forestiers tropicaux.
Elle réunirait les représentants du Bassin du Congo, de l’Amazonie et de l’Asie du Sud-Est, avec l’objectif de renforcer leur coopération et leur capacité à porter des préoccupations communes dans les négociations climatiques internationales.
Cette initiative traduit une volonté de faire entendre davantage la voix des régions qui abritent certaines des grandes réserves forestières tropicales de la planète.
« L’État des Forêts 2025 » : la science comme boussole
La rencontre de Yaoundé a également été marquée par le vernissage de la publication de référence « L’État des Forêts d’Afrique centrale 2025 », ainsi que par le lancement des préparatifs de l’édition 2027.
Le rapport rappelle l’importance stratégique du Bassin du Congo dans la régulation du climat mondial et met en évidence plusieurs défis liés à l’aménagement du territoire, à l’exploitation minière, à l’expansion agricole et à l’urbanisation.
Pour les chercheurs et experts présents à Yaoundé, l’enjeu est désormais de mieux articuler ces activités avec les données scientifiques disponibles afin de limiter la dégradation des écosystèmes et de préserver leurs fonctions écologiques et économiques.
Le rapport analyse également la mise en œuvre de plusieurs grands accords environnementaux internationaux, notamment la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), la Convention sur la diversité biologique (CDB) et la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULD).
Trois défis qui restent à relever
L’analyse met notamment en lumière trois grands enjeux.
Le premier est financier. Malgré l’importance mondiale du Bassin du Congo dans la régulation climatique, les ressources mobilisées restent en deçà des besoins identifiés.
Le deuxième concerne la gouvernance et la traçabilité. L’application effective des réglementations forestières, la transparence et la sécurisation des droits fonciers et d’usage des populations locales demeurent des questions centrales.
Le troisième porte sur la valorisation des services écosystémiques. Le développement de marchés carbone intègres et de mécanismes durables de paiement des services environnementaux apparaît comme une piste pour mieux rémunérer la contribution des forêts et des communautés qui participent à leur préservation.
De la déclaration à l’action
Au terme de leur rencontre, les parlementaires ont appelé les bailleurs multilatéraux et les banques de développement à simplifier leurs procédures et à mieux aligner leurs financements sur les priorités stratégiques de l’Afrique centrale.
La prochaine étape sera celle du suivi.
Le Réseau des parlementaires pour la gestion durable des écosystèmes forestiers d’Afrique centrale (REPAR), en coordination avec la COMIFAC et l’OFAC, devra contribuer au suivi de la feuille de route issue de la Déclaration de Yaoundé.
À Yaoundé, le message porté par les parlementaires est donc double : mieux connaître pour mieux décider, mais aussi mieux financer pour mieux agir. Pour le Bassin du Congo, l’enjeu dépasse désormais la seule conservation des forêts. Il touche à la souveraineté climatique, au développement économique, aux droits des communautés et à la place de l’Afrique centrale dans la gouvernance mondiale du climat.
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