Santé mentale au Tchad : briser les tabous et faire entendre la voix des personnes concernées

Ecrit par MEDD TV INFO

octobre 15, 2026

N’Djamena, 15 octobre 2026 — Le Tchad a commémoré en différé, ce jeudi, la Journée mondiale de la santé mentale au Centre hospitalier universitaire de référence nationale (CHU-RN), ancien Hôpital général de référence nationale (HGRN). Placée sous le thème « À l’écoute de l’expérience vécue : des voix authentiques pour un réel changement », cette célébration met l’accent sur la nécessité de lutter contre la stigmatisation, d’améliorer l’accès aux soins et d’associer les personnes concernées aux décisions qui affectent leur santé et leur dignité.

Faire de la santé mentale une priorité de santé publique

La santé mentale constitue un enjeu majeur de santé publique, particulièrement dans un contexte marqué par les crises humanitaires, les déplacements de populations et les difficultés socio-économiques. Au Tchad, ces réalités exposent de nombreuses personnes à la détresse psychologique et aux traumatismes, renforçant la nécessité de développer des services de prise en charge accessibles et adaptés.

Lors de cette cérémonie, le représentant du ministre de la Santé publique et de la Prévention, Dr Batakao Grégoire, a souligné l’importance de préserver la santé mentale avant, pendant et après les situations d’urgence. Il a rappelé que les conflits, les épidémies et les catastrophes naturelles peuvent provoquer des déplacements, des séparations familiales, des deuils et une profonde souffrance psychologique.

Le représentant du ministre a également insisté sur la nécessité de renforcer les systèmes de santé, de mobiliser davantage de ressources et de mieux intégrer les soins de santé mentale dans les dispositifs de préparation et de réponse aux crises.

Cette orientation s’inscrit dans une approche qui considère la santé mentale non comme un luxe, mais comme une composante essentielle du bien-être individuel et collectif.

L’OMS appelle à écouter les personnes concernées

Prenant la parole à cette occasion, la représentante de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) au Tchad, Dre Blanche Anya, a rappelé que les personnes vivant avec des troubles mentaux doivent être pleinement associées à l’élaboration des politiques et des programmes qui les concernent.

Selon elle, leur expérience constitue une source précieuse de connaissances pour améliorer la qualité des soins, adapter les services aux besoins réels et garantir le respect des droits humains.

La représentante de l’OMS a notamment relevé plusieurs obstacles persistants : la stigmatisation, la discrimination, l’éloignement des structures sanitaires et le coût des traitements. Dans certaines communautés, les préjugés continuent d’empêcher des personnes en souffrance psychologique de rechercher une aide appropriée.

Face à cette situation, elle a plaidé pour une mobilisation collective afin que la santé mentale soit abordée avec la même attention que la santé physique.

L’OMS préconise notamment l’intégration des soins de santé mentale dans les services de santé primaires, le renforcement du soutien psychosocial dans les situations d’urgence et le développement de services communautaires respectueux de la dignité et de l’autonomie des personnes.

Dre Blanche Anya a également appelé à accroître les investissements dans les ressources humaines, les services de proximité et les mécanismes de soutien psychosocial. Elle a insisté sur trois priorités : donner une place effective aux personnes concernées et à leurs familles, combattre la stigmatisation et renforcer les moyens consacrés à la santé mentale.

L’OIM réaffirme son engagement auprès des populations vulnérables

Pour sa part, Giovanni Cassani, chef de mission de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) au Tchad, a mis en évidence les conséquences psychologiques des crises humanitaires, des déplacements de populations et des parcours migratoires difficiles.

Derrière chaque situation de vulnérabilité, a-t-il rappelé, se trouvent des femmes, des hommes, des jeunes et des enfants qui ont besoin d’écoute, de soutien et d’espoir.

Pour l’OIM, la prise en compte de ces expériences est indispensable à la mise en place de réponses durables, adaptées aux réalités des communautés et aux besoins des personnes en situation de vulnérabilité.

Giovanni Cassani a réaffirmé l’engagement de son organisation à accompagner le Gouvernement tchadien et ses partenaires dans le renforcement des services de santé mentale et de soutien psychosocial.

Il a également souligné qu’il ne peut y avoir de résilience, de cohésion sociale ni de développement durable sans un investissement accru dans ce domaine.

Briser les tabous pour mieux accompagner les personnes en souffrance

Au-delà des discours officiels, cette journée rappelle que la santé mentale concerne toutes les couches de la société. Les souffrances psychologiques ne doivent être ni banalisées ni considérées comme un motif d’exclusion.

Au Tchad, les personnes déplacées, les réfugiés, les enfants, les jeunes, les femmes et les personnes âgées figurent parmi les groupes susceptibles d’être particulièrement exposés aux conséquences psychologiques des crises. L’insuffisance des services spécialisés et les difficultés d’accès aux soins rendent d’autant plus nécessaire le développement d’un accompagnement de proximité.

La sensibilisation des communautés, la formation des professionnels de santé et des intervenants de première ligne, ainsi que la lutte contre les préjugés constituent des leviers importants pour améliorer la prise en charge.

Il importe également de garantir aux personnes vivant avec des troubles mentaux un environnement dans lequel elles peuvent exprimer leurs difficultés sans crainte d’être jugées, rejetées ou discriminées.

Transformer les paroles en actions concrètes

La commémoration de la Journée mondiale de la santé mentale 2026 constitue ainsi un appel à l’action adressé aux pouvoirs publics, aux partenaires techniques et financiers, aux professionnels de santé, aux organisations de la société civile et aux communautés.

Le défi consiste désormais à traduire les engagements exprimés en mesures concrètes : renforcer les capacités des structures sanitaires, améliorer la disponibilité des soins, développer le soutien psychosocial dans les zones touchées par les crises et assurer une participation effective des personnes concernées aux décisions.

Faire entendre les voix des personnes vivant avec des troubles mentaux, c’est reconnaître leur dignité, valoriser leur expérience et leur donner toute leur place dans la construction de solutions adaptées.

Au Tchad, la santé mentale doit devenir une responsabilité collective et une priorité durable de santé publique. Car protéger la santé, c’est aussi prendre soin de l’équilibre psychologique, de la dignité et de l’espoir de chaque personne.

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