Renforcer la riposte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme par une approche communautaire structurée
N’Djamena, 25 mars 2026 — Un atelier national de coordination des interventions communautaires et d’opérationnalisation du Suivi Dirigé par la Communauté (CLM) a été officiellement lancé ce mercredi dans les locaux de KG Working, situés au quartier Kléma . La cérémonie d’ouverture a été présidée par Gabdoubé Ladiba, marquant une étape clé dans la consolidation de la réponse sanitaire communautaire au Tchad.
Un contexte sanitaire préoccupant malgré des avancées
Le Tchad reste confronté à un triple fardeau sanitaire majeur : le VIH, la tuberculose et le paludisme. Ces maladies continuent de peser lourdement sur le système de santé, en particulier chez les populations les plus vulnérables.
Avec une prévalence du VIH estimée à 0,9 %, des disparités persistent selon les régions et les groupes sociaux. La tuberculose demeure largement sous-diagnostiquée, tandis que le paludisme reste la première cause de consultation et de mortalité, notamment en période de pluies.
À ces défis sanitaires s’ajoutent des obstacles structurels et sociaux persistants : stigmatisation, inégalités de genre, violences basées sur le genre et difficultés d’accès aux soins dans les zones enclavées.
Le CLM, un levier stratégique pour transformer le système de santé
Introduit progressivement au Tchad, le Suivi Dirigé par la Communauté (CLM) s’impose comme un outil innovant visant à :
améliorer la qualité des services de santé ;
renforcer la redevabilité du système ;
promouvoir une participation active des communautés.
Plusieurs avancées ont déjà été enregistrées : état des lieux national, élaboration d’une feuille de route, développement d’outils de collecte de données, formation des acteurs communautaires et premières expérimentations dans certains districts de N’Djamena et de Moundou.
Cependant, les acteurs reconnaissent que la coordination reste insuffisante et que les données disponibles sont encore sous-exploitées.
Un atelier pour harmoniser, structurer et agir
Cet atelier de deux jours vise à franchir un cap décisif. Il ambitionne notamment de :
analyser les initiatives existantes ;
identifier les lacunes dans la mise en œuvre du CLM ;
définir un mécanisme national harmonisé ;
clarifier les rôles des organisations communautaires ;
préparer les priorités d’investissement dans le cadre de la future subvention GC8 du Fonds mondial.
Les travaux réunissent un large éventail d’acteurs : organisations de la société civile, réseaux de personnes vivant avec le VIH, associations de jeunes et de femmes, programmes nationaux et partenaires techniques et financiers.
Des appels forts à la responsabilité et à l’action
Dans son discours, le directeur de l’ONG BASE, Dahab Manoufi, a salué les progrès réalisés tout en soulignant les défis persistants :
« Cet atelier doit marquer un tournant. Il ne s’agit pas seulement de réfléchir, mais d’opérationnaliser un mécanisme capable d’influencer les décisions et d’améliorer les services. »
De son côté, la Directrice pays de l’ONUSIDA, Françoise Ndayishimiye, a insisté sur le rôle central des communautés :
« Les données issues du suivi communautaire doivent guider les décisions et déclencher des actions concrètes. Rien pour nous sans nous. »
Elle a également rappelé les défis liés à la couverture sanitaire, au dépistage et à la rétention sous traitement, tout en appelant à une meilleure utilisation des ressources.
Un enjeu financier et stratégique crucial
Le lancement de cet atelier intervient dans un contexte marqué par des contraintes financières croissantes. Le principal bailleur, le Fonds mondial, a récemment revu à la baisse ses allocations, renforçant la nécessité d’une gestion rigoureuse et d’une meilleure coordination des interventions.
Le vice-président du HCNC Gabdoubé Ladiba a ainsi exhorté les acteurs à :
éviter les duplications d’activités ;
améliorer la qualité des données ;
renforcer l’harmonisation des actions ;
et s’impliquer activement dans la préparation du cycle de financement GC8.
Vers un plan d’action national 2026-2028
À l’issue des travaux, les participants devraient adopter
un cadre opérationnel harmonisé du CLM ;
un plan d’action national 2026-2028 pour soutenir la mise en œuvre des programmes de lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme.
Cet atelier se veut ainsi un moment charnière pour repositionner les communautés au cœur du système de santé et renforcer l’impact des interventions sanitaires au Tchad.
Une dynamique collective pour une santé plus équitable
Au-delà des discussions techniques, cette rencontre nationale traduit une ambition claire : bâtir un système de santé plus inclusif, plus équitable et plus efficace, où les communautés ne sont plus de simples bénéficiaires, mais de véritables acteurs du changement.
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