le CNRD plaide pour une révolution agricole afin de réduire les importations et stimuler l’économie nationale .

N’Djamena, 5 juin 2026 – Alors que la consommation du blé ne cesse de progresser au Tchad, experts, chercheurs et universitaires se sont réunis ce vendredi au Centre National de Recherche pour le Développement (CNRD) afin d’échanger sur les défis et les opportunités de cette culture stratégique pour l’avenir du pays.
Placée sous le thème « Consommation de blé au Tchad : enjeux, leviers et perspectives de développement de la filière », cette conférence-débat a rassemblé un public diversifié composé de chercheurs, d’étudiants, de doctorants, d’acteurs du monde agricole et de citoyens intéressés par les questions de sécurité alimentaire.

Ouvrant les travaux, le Directeur général du CNRD, le Professeur Mahamoud Youssouf Khayal, a salué la mobilisation des participants avant de rappeler l’importance du sujet pour le développement économique et social du Tchad.
« Le thème que nous abordons aujourd’hui touche directement à notre alimentation, à notre économie et à notre capacité à assurer notre souveraineté alimentaire », a-t-il déclaré.
Retrouver les habitudes d’autrefois
Au-delà des chiffres et des données scientifiques, le Professeur Mahamoud Youssouf Khayal a invité les participants à réfléchir à l’évolution des habitudes alimentaires des Tchadiens.
Avec une pointe de nostalgie, il a rappelé qu’entre les années 1970 et 1990, de nombreuses familles préparaient elles-mêmes leurs farines à partir des productions locales pour confectionner différents mets traditionnels, notamment le célèbre « Douwêdêe ».
Aujourd’hui, ce repas autrefois présent dans de nombreux foyers est devenu rare. Pour lui, cette évolution doit pousser à une réflexion collective sur la valorisation des productions nationales.
« Nous avons les capacités de produire davantage de blé. Le Tchad ne devrait pas dépendre uniquement des importations. Nous devons développer notre propre filière afin de répondre à la demande nationale et créer de nouvelles opportunités économiques », a-t-il insisté.
Une céréale devenue incontournable dans l’alimentation

La conférence a été animée par Dr Alladjaba Abdoulaye, agro-pédologue et chercheur à l’Institut Tchadien de Recherche Agronomique pour le Développement (ITRAD), sous la modération de Dr Nguinambaye Mberdoum Memti, maître de conférences à l’Université de N’Djamena.
Dès le début de son exposé, le chercheur a présenté les résultats d’une étude sur les habitudes de consommation du blé au Tchad.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 92 % des personnes interrogées consomment du blé et plus de la moitié, soit 52 %, en consomment quotidiennement.
Cette popularité s’explique principalement par la qualité appréciée des produits à base de blé ainsi que par leur coût relativement accessible pour les ménages.
Pain, beignets, galettes, pâtes alimentaires ou encore pâtisseries occupent aujourd’hui une place importante dans le quotidien de nombreuses familles tchadiennes.
Une demande forte, mais une production encore insuffisante
Si les Tchadiens consomment de plus en plus de blé, la production nationale reste encore loin de satisfaire les besoins du marché.
Selon le conférencier, le développement de la filière représente une véritable opportunité pour réduire la dépendance du pays aux importations tout en créant des emplois et de la valeur ajoutée au niveau local.
Pour atteindre cet objectif, plusieurs défis devront être relevés : améliorer les techniques de production, renforcer les systèmes d’irrigation, mieux lutter contre les maladies et ravageurs des cultures et soutenir davantage la recherche scientifique.
Le chercheur a également mis en avant les nombreux atouts du pays, notamment ses importantes ressources en eau, l’existence de vastes superficies cultivables, les polders aménagés dans la province du Lac ainsi que la disponibilité d’une jeunesse capable de contribuer au développement agricole.
L’ITRAD mise sur la recherche pour développer la filière
Les nombreuses questions posées par les participants ont démontré l’intérêt croissant suscité par la culture du blé au Tchad.

Parmi les moments marquants de la rencontre, la présence d’un cadre proche de la retraite a particulièrement retenu l’attention. Venu assister à la conférence, il a confié son intention de se lancer dans la production du blé après sa carrière professionnelle, preuve que cette filière attire désormais de nouveaux profils d’investisseurs et d’entrepreneurs.

Intervenant à son tour, le Directeur général de l’Institut Tchadien de Recherche Agronomique pour le Développement (ITRAD), Abdelkadir Altidjani Koiboro, a rappelé que son institution travaille depuis plusieurs années à l’amélioration des productions agricoles nationales.
L’ITRAD mène des recherches sur les variétés adaptées aux conditions climatiques du Tchad, développe des innovations agricoles et accompagne les producteurs dans l’amélioration de leurs rendements. L’institut accorde également une attention particulière à la culture du blé qu’il considère comme une filière stratégique pour l’avenir du pays.
Dans cette dynamique, il a évoqué les perspectives de valorisation de la chaîne de valeur du blé ainsi que les réflexions en cours autour du développement d’unités de transformation capables de renforcer la production nationale.
Une ambition pour l’avenir
Au terme de plusieurs heures d’échanges, une conviction s’est imposée parmi les participants : le Tchad dispose d’importants atouts pour développer une véritable filière blé compétitive.
Entre les ressources naturelles disponibles, la demande croissante des consommateurs et l’expertise des chercheurs nationaux, les conditions semblent réunies pour faire du blé un levier de développement économique et de sécurité alimentaire.
Cette conférence-débat organisée par le CNRD aura ainsi permis de rappeler qu’au-delà d’une simple céréale, le blé pourrait devenir l’un des piliers de la transformation agricole du Tchad dans les années à venir.
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