
De la marche pour la paix à Dili à l’institutionnalisation d’une politique éducative : 25 mois de coopération ont permis de transformer une initiative citoyenne en une démarche structurée au sein du système éducatif national.

DILI — Timor-Leste. Au Timor-Leste, l’éducation à la paix prend progressivement une place centrale dans la construction de l’avenir du pays. Depuis son indépendance, le jeune État d’Asie du Sud-Est cherche à consolider la cohésion sociale, la stabilité et le vivre-ensemble. Dans cette dynamique, la transmission des valeurs de paix aux nouvelles générations apparaît comme un enjeu majeur.
C’est dans ce contexte que s’est développée une coopération entre les autorités éducatives du Timor-Leste et HWPL (Heavenly Culture, World Peace, Restoration of Light), autour d’un objectif commun : faire de l’éducation un véritable outil de prévention des conflits et de promotion d’une culture de paix.
De la rue de Dili aux établissements scolaires

L’histoire de cette coopération commence en mai 2023, à l’occasion de la 525 Peace Walk, organisée dans les rues de Dili. L’événement avait rassemblé citoyens, étudiants et acteurs de la société civile autour d’un même message : promouvoir la paix et le dialogue.
Le ministre de l’Éducation avait alors participé à cette mobilisation en qualité d’orateur principal.
Pour les autorités, cette expérience ne devait pas rester un simple événement symbolique. La mobilisation observée dans les rues de la capitale a ouvert la voie à une réflexion plus large : comment inscrire durablement les valeurs de paix dans l’éducation nationale ?
La réponse s’est progressivement dessinée à travers une coopération institutionnelle avec HWPL.
Une volonté politique transformée en actions concrètes

En septembre 2023, le ministre de l’Enseignement supérieur, des Sciences et de la Culture, José Honório da Costa Pereira, ainsi que plusieurs présidents d’universités du pays, ont participé au 9ᵉ Sommet mondial de la paix de HWPL.
Cette rencontre leur a permis de découvrir différentes expériences internationales en matière d’éducation à la paix et d’échanger sur les moyens de les adapter au contexte national.
De retour au pays, le ministère a engagé des démarches concrètes pour passer de la réflexion à l’action. Des directives administratives ont notamment encouragé les établissements d’enseignement supérieur à organiser des programmes de formation d’éducateurs à la paix ainsi que des séances d’information.
Cette dynamique a permis l’introduction progressive de l’éducation à la paix dans plusieurs établissements d’enseignement supérieur du Timor-Leste.
Deux accords pour construire un cadre national

La coopération s’est ensuite renforcée à travers des accords formels entre HWPL et les institutions gouvernementales.
Le 16 juillet 2024, HWPL et le ministère de l’Enseignement supérieur, des Sciences et de la Culture ont signé un Memorandum of Agreement (MOA) destiné à institutionnaliser leur coopération dans le domaine de l’enseignement supérieur.
Une nouvelle étape a été franchie le 28 août 2025, avec la signature d’un Memorandum of Understanding (MOU) entre HWPL et le ministère de l’Éducation.
Cet accord a élargi le champ de la coopération aux niveaux primaire, secondaire et à l’enseignement public général.
Ainsi, une démarche initialement concentrée sur l’enseignement supérieur tend progressivement à s’étendre à l’ensemble du parcours éducatif.
Former une génération capable de construire la paix

Au-delà des accords administratifs, l’enjeu est avant tout humain.
L’ambition affichée par les partenaires est de permettre aux jeunes générations de développer des valeurs telles que le dialogue, la compréhension mutuelle, le respect de l’autre et la coexistence pacifique.
Dans un pays marqué par une histoire récente et par les défis liés à la construction de l’État après l’indépendance, l’éducation apparaît comme un levier essentiel pour transmettre une culture différente de celle du conflit.
L’idée défendue par les autorités et leurs partenaires est simple : les générations futures doivent pouvoir hériter de la paix plutôt que des blessures laissées par les conflits du passé.
Une expérience qui pourrait inspirer d’autres pays

En 25 mois, la coopération entre les institutions éducatives du Timor-Leste et HWPL est ainsi passée d’une mobilisation publique à la construction d’un cadre institutionnel.
La signature successive d’accords avec les deux principaux ministères concernés témoigne d’une volonté d’inscrire l’éducation à la paix dans la durée et de l’étendre progressivement à différents niveaux du système éducatif.
L’expérience du Timor-Leste illustre ainsi une conviction de plus en plus présente dans les politiques éducatives : la paix ne se construit pas uniquement après les conflits. Elle se prépare aussi dans les salles de classe, dans les universités et dans l’éducation quotidienne des jeunes générations.
Pour le Timor-Leste, l’enjeu est désormais de transformer cette dynamique institutionnelle en pratiques éducatives durables et accessibles au plus grand nombre.
Une ambition qui dépasse les frontières du pays : faire de l’école non seulement un lieu d’apprentissage, mais également un espace où se construisent le dialogue, la tolérance et la paix.









0 commentaires