
BONGOR, 29 octobre 2026 — Comment enquêter sur la corruption sans céder aux pressions, vérifier les faits sans tomber dans les accusations infondées et informer les citoyens tout en respectant l’éthique journalistique ? C’est autour de ces enjeux que vingt journalistes issus des médias publics et privés de huit provinces du Tchad se sont réunis ce jeudi 29 octobre 2026 à Bongor, dans la province du Mayo-Kebbi Est, à l’occasion d’un atelier de renforcement des capacités consacré au journalisme et à la lutte contre la corruption.

Placée sous le thème « Journalisme et lutte contre la corruption au Tchad : renforcer les capacités d’investigation, l’éthique et la responsabilité des médias », cette session de formation se déroule sur trois jours, du 29 au 31 octobre 2026, dans la salle de réunion du Conseil provincial de Bongor.
L’objectif est de doter les professionnels des médias de connaissances et d’outils pratiques leur permettant de mieux documenter les faits présumés de corruption, de vérifier les informations et de contribuer, par un journalisme rigoureux et responsable, à la promotion de la transparence et de la bonne gouvernance.
Les médias, des acteurs essentiels de la lutte contre la corruption

La cérémonie d’ouverture a été marquée par plusieurs allocutions de responsables administratifs, provinciaux et institutionnels, qui ont souligné la place des médias dans la prévention et la lutte contre la corruption.
Procédant au lancement officiel des travaux, le Délégué général du Gouvernement auprès de la province du Mayo-Kebbi Est, Goukouni Sisimi, a exhorté les participants à faire preuve d’assiduité, de discipline et de responsabilité tout au long de cette session.
Il a rappelé que la lutte contre la corruption figure parmi les priorités affichées par le président de la République, Mahamat Idriss Déby Itno, dans le cadre de son programme politique articulé autour des « 12 chantiers et 100 actions ».
Le responsable a également souligné l’importance de l’action de l’institution chargée de la lutte contre la corruption, tout en invitant les journalistes à jouer pleinement leur rôle dans le traitement et la diffusion des informations relatives à ce phénomène.
Au-delà de la dénonciation, l’enjeu est de promouvoir une information vérifiée, équilibrée et crédible, capable d’éclairer les citoyens sans porter atteinte aux droits des personnes concernées.
Comprendre la corruption pour mieux la combattre

Après la cérémonie protocolaire, les participants ont entamé les travaux par la présentation du programme de formation, assurée par le formateur Betel Miaron.
Les communications ont ensuite porté sur la définition de la corruption, ses différentes formes, ses causes et ses conséquences sur le développement économique et social ainsi que sur la gouvernance.

Les représentants de l’institution chargée de la lutte contre la corruption, notamment Ousman Mamadou Affono, directeur général des investigations et du contentieux, et Djekodjimgoto Mbainadjiel Constant, conseiller technique, ont apporté des éclairages sur le cadre juridique, les missions et le fonctionnement de leur institution, ainsi que sur les possibilités de collaboration avec les médias.
Le cadre juridique international, notamment la Convention des Nations unies contre la corruption, a également été abordé afin de permettre aux journalistes de mieux comprendre les mécanismes de prévention, de signalement et de traitement des faits présumés de corruption.
Enquêter sans accuser à tort : une exigence professionnelle

L’un des principaux enseignements de cette première journée concerne la nécessité de distinguer les soupçons des faits établis.
À travers des exemples pratiques, notamment celui d’un marché public prévoyant la livraison de cent tables-bancs alors que seulement quarante sont constatés dans un établissement scolaire, les participants ont été sensibilisés aux différentes étapes d’une enquête journalistique.
L’exercice a permis de rappeler qu’un constat, aussi préoccupant soit-il, ne suffit pas à établir l’existence d’une infraction. Le journaliste doit rechercher les documents disponibles, recouper les informations, solliciter les explications des personnes concernées et suivre les suites données aux éventuels signalements.
La protection des sources, le respect de la présomption d’innocence et la sécurité des informations ont également été présentés comme des exigences essentielles, particulièrement lorsque les enquêtes mettent en cause des intérêts économiques ou des responsabilités publiques.
Les échanges ont par ailleurs mis en évidence l’importance d’une collaboration professionnelle entre les médias et les institutions compétentes, sans compromettre l’indépendance éditoriale des rédactions.
Trois jours pour renforcer les pratiques journalistiques

Prévue jusqu’au 31 octobre 2026, cette session doit permettre aux participants d’approfondir leurs connaissances et de renforcer leurs capacités en matière d’investigation, de vérification de l’information et de traitement des affaires de corruption.
Dans un contexte où la transparence et la redevabilité constituent des enjeux majeurs de gouvernance, la qualité du travail journalistique demeure déterminante. Une information documentée peut contribuer à éclairer le débat public, à interroger la gestion des ressources collectives et à renforcer la confiance des citoyens.
Mais cette responsabilité exige également des journalistes de l’indépendance, de la prudence, de la rigueur et du courage professionnel.
À Bongor, cette formation rappelle ainsi une exigence fondamentale : lutter contre la corruption par l’information ne consiste pas seulement à dénoncer, mais à rechercher les faits, à établir les responsabilités sur la base de preuves et à informer le public dans le respect de l’éthique journalistique.
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