BAYA ELECTRIK À N’DJAMENA : « Entre tradition et modernité, notre musique raconte l’Afrique qui évolue »

Ecrit par MEDD TV INFO

juin 13, 2026

« La musique doit évoluer sans jamais perdre son âme »

Flore M’Bong

Interview exclusive accordée à MEDD TV INFO TCHAD VERT après un concert remarqué à l’Institut Français du Tchad

N’Djamena – À l’issue de son concert exceptionnel à l’Institut Français du Tchad (IFT), le duo malien BAYA ELECTRIK a accordé une interview exclusive à MEDD TV INFO TCHAD VERT. Entre fusion de la kora traditionnelle et des sonorités électroniques contemporaines, le groupe a partagé les origines de son projet artistique, sa vision de la musique africaine moderne et ses impressions après sa première rencontre avec le public tchadien.

MEDD TV INFO TCHAD VERT : Comment est née l’idée de créer le groupe BAYA ELECTRIK ?

BAYA ELECTRIK  : Le duo est né d’une idée qui m’est venue après mon arrivée à Bamako. J’y ai rencontré une joueuse de kora, puis quelques mois plus tard une DJ. Très vite, j’ai imaginé une rencontre artistique entre ces deux univers.

Au-delà de cette intuition, il y avait aussi un constat : la musique malienne, pourtant extrêmement riche et profondément inspirée des traditions, me semblait avoir cessé d’évoluer sur certains aspects. Une nouvelle génération d’artistes, notamment influencée par Sidiki Diabaté, a su proposer de nouvelles formes musicales, mais cela restait moins visible chez d’autres générations. BAYA ELECTRIK est ainsi né de cette volonté d’ouvrir de nouvelles perspectives tout en restant ancré dans les racines culturelles africaines.

MEDD TV INFO TCHAD VERT : Quelle est l’origine du nom du groupe et que signifie “BAYA” ?

BAYA ELECTRIK : En langue mandingue, « Baya » désigne les perles utilisées pour confectionner des ceintures et des bracelets portés autour des reins des femmes, des jeunes filles et même des bébés. Ces perles possèdent une forte dimension culturelle et symbolique. Elles sont associées à diverses vertus, qu’il s’agisse du bien-être des enfants, de l’accompagnement des jeunes filles ou encore de la féminité.

Les baya représentent également un lien intergénérationnel entre l’enfant, la mère et la grand-mère. Quant au mot « Electrik », il traduit la rencontre entre un instrument traditionnel, la kora, et l’univers moderne de la musique électronique porté par la DJ. Le nom du groupe reflète ainsi parfaitement cette fusion entre tradition et modernité.

MEDD TV INFO TCHAD VERT : Votre projet artistique mêle traditions africaines et musique électronique. Qu’est-ce qui fait aujourd’hui la particularité de BAYA ELECTRIK ?

BAYA ELECTRIK : Notre singularité réside précisément dans cette rencontre entre deux formes d’expression qui semblaient éloignées : la kora, instrument emblématique des traditions ouest-africaines, et les sonorités électroniques contemporaines.

Nous avons mis près de deux années à trouver l’équilibre idéal entre ces deux univers. Ce travail de recherche artistique nous a permis de construire une identité musicale originale qui respecte les traditions tout en les inscrivant dans une dynamique actuelle.

MEDD TV INFO TCHAD VERT : BAYA ELECTRIK est aujourd’hui reconnu pour son identité musicale originale. Comment définiriez-vous l’ADN artistique du groupe ?

BAYA ELECTRIK : Notre ADN repose sur l’innovation dans le respect des héritages culturels. Nous croyons qu’une culture vivante est une culture qui évolue. Notre démarche consiste donc à préserver l’essence des traditions tout en explorant de nouveaux territoires sonores capables de dialoguer avec le monde contemporain.

MEDD TV INFO TCHAD VERT : Vous vous êtes produits pour la première fois devant le public tchadien. Dans quel état d’esprit êtes-vous arrivés à N’Djamena ?

BAYA ELECTRIK : Nous étions à la fois impatientes et légèrement anxieuses. Faire découvrir une proposition artistique aussi particulière à un nouveau public représente toujours un défi.

Après deux années de travail pour construire ce projet, nous avions naturellement hâte de voir comment le public tchadien accueillerait cette rencontre entre la tradition et la modernité.

MEDD TV INFO TCHAD VERT : Comment avez-vous trouvé le public n’djamenois et quelle appréciation faites-vous de l’ambiance après votre prestation ?

BAYA ELECTRIK : Le public tchadien est plutôt réservé au premier abord. Dès le début du concert, notre chanteuse et joueuse de kora a cherché à créer une interaction avec les spectateurs.

Progressivement, nous avons vu des personnes chanter, danser et participer. À la fin du spectacle, plusieurs spectateurs sont venus nous féliciter et en apprendre davantage sur le duo. Ce fut un moment très agréable et particulièrement encourageant pour nous.

MEDD TV INFO TCHAD VERT : Vous avez également animé une masterclass. Pourquoi est-il important pour vous de transmettre votre expérience ?

BAYA ELECTRIK : Cette masterclass consacrée au DJing était particulièrement importante pour nous, notamment auprès de la jeunesse féminine tchadienne.

Le métier de DJ reste encore largement dominé par les hommes, aussi bien en Afrique qu’en Europe. À travers notre association « Éclats des Cultures », qui porte également le projet BAYA ELECTRIK, nous œuvrons pour la promotion des droits des femmes et l’accès des jeunes filles à des métiers artistiques encore peu féminisés.

Cette dimension sociale est d’ailleurs présente dans plusieurs morceaux de notre répertoire.

MEDD TV INFO TCHAD VERT : Quels sont selon vous les principaux défis auxquels les artistes africains sont confrontés pour promouvoir leur musique à l’international ?

BAYA ELECTRIK : Pour aller loin, il faut avant tout croire en son projet et travailler avec détermination. Beaucoup pensent que le manque de moyens financiers constitue le principal obstacle, mais le premier défi reste souvent le travail lui-même.

La réussite repose sur quatre piliers essentiels : le travail, la rigueur, les compétences et les ressources financières. Sans discipline ni professionnalisme, il est difficile de construire une carrière durable. Il est également indispensable de s’entourer de personnes compétentes et transparentes.

MEDD TV INFO TCHAD VERT : La musique peut-elle contribuer au rapprochement des peuples et au dialogue culturel en Afrique ?

BAYA ELECTRIK : Absolument. La musique joue ce rôle depuis des siècles, en Afrique comme ailleurs dans le monde. Elle constitue un langage universel capable de dépasser les frontières, les langues et les différences culturelles.

MEDD TV INFO TCHAD VERT : Comment voyez-vous l’évolution des musiques africaines modernes face aux tendances mondiales actuelles ?

BAYA ELECTRIK : Les tendances évoluent constamment et les artistes doivent savoir se remettre en question. Le véritable défi consiste à trouver un équilibre.

Il ne faut ni s’éloigner totalement de sa culture ni s’y enfermer. Le monde évolue en permanence et la création artistique doit suivre cette dynamique. Lorsqu’une culture cesse d’évoluer, elle risque de s’essouffler.

MEDD TV INFO TCHAD VERT : Après cette étape à N’Djamena, quels sont les prochains projets de BAYA ELECTRIK ?

BAYA ELECTRIK : Nous préparons actuellement plusieurs dates en Afrique et en Europe. Après le Tchad, nous nous produirons notamment en République centrafricaine, au Sénégal, au Maroc, ainsi qu’en France et à Bruxelles. D’autres projets sont également en préparation.

MEDD TV INFO TCHAD VERT : Comptez-vous revenir un jour au Tchad ?

BAYA ELECTRIK : Nous l’espérons sincèrement. Nous souhaitons poursuivre cette aventure avec le public tchadien et développer de nouvelles collaborations artistiques.

Pour cela, nous espérons également bénéficier à l’avenir du soutien de structures culturelles tchadiennes, comme c’est déjà le cas dans d’autres pays où nous nous produisons.

MEDD TV INFO TCHAD VERT : Enfin, quel message souhaitez-vous adresser au public tchadien ?

BAYA ELECTRIK : Nous espérons que notre proposition musicale a répondu aux attentes du public et que chacun a pu ressentir l’énergie et les valeurs que nous portons à travers notre musique.

Nous remercions chaleureusement les spectateurs qui sont venus nous découvrir à l’Institut Français du Tchad et nous espérons revenir très bientôt partager de nouveaux moments musicaux avec eux.

Une rencontre entre héritage et modernité

À travers son passage à N’Djamena, BAYA ELECTRIK a démontré que les traditions africaines peuvent dialoguer harmonieusement avec les sonorités contemporaines. Entre engagement en faveur des femmes, transmission artistique et innovation musicale, le duo propose une vision audacieuse de la création africaine moderne.

Entretien avec Flore M’Bongo, productrice et directrice artistique du duo BAYA ELECTRIK.

Par  MEDD TV INFO TCHAD VERT Interview réalisée en exclusivité à l’Institut Français du Tchad (IFT), N’Djamena.

MKA

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