SANTÉ AU TCHAD : DE LA PAROLE À L’ACTION, LE PARI D’UNE VACCINATION À 90 % D’ICI 2029

Ecrit par MEDD TV INFO

août 26, 2026

Chronique santé — Quand la santé devient un véritable chantier de souveraineté nationale

Dans notre pays, il nous arrive souvent de parler davantage des hommes que de leurs actions. Pourtant, dans le domaine de la santé, l’essentiel devrait être ailleurs : regarder ce qui a été fait, reconnaître ce qui fonctionne, identifier ce qui reste à améliorer et, surtout, mesurer les résultats à l’aune de la vie quotidienne des populations.

La santé n’est pas une affaire de discours. Elle touche directement à notre survie, à l’avenir de nos enfants et à la capacité d’un État à protéger sa population.

C’est dans cette perspective que mérite d’être observée la reprise de la « Réunion du 24 », consacrée au secteur de la santé, présidée le 24 août 2026 au Palais Toumaï par le président de la République, le Maréchal Mahamat Idriss Déby Itno. Cette instance de suivi mensuel du secteur sanitaire, qui ne s’était plus réunie depuis juillet 2022, revient avec une priorité clairement affichée : la vaccination.

De 41 % à 71 % : une progression qui mérite d’être reconnue

Les chiffres présentés lors de cette réunion donnent matière à réflexion. Selon les données communiquées par les autorités tchadiennes, la couverture vaccinale est passée de 41 % en 2017 à 71 % en 2025, avec une ambition désormais fixée à 90 % à l’horizon 2029.

Il serait facile de s’arrêter au chiffre de 71 %. Mais derrière ce pourcentage se trouvent des milliers de familles, des enfants protégés contre des maladies évitables et des agents de santé qui travaillent parfois dans des conditions difficiles.

L’UNICEF rappelle d’ailleurs qu’en 2025, quatre campagnes de vaccination de masse contre la poliomyélite ont permis de protéger près de 5 millions d’enfants âgés de 0 à 59 mois au Tchad, y compris parmi les populations nomades et transfrontalières. L’organisation souligne également les progrès de la vaccination de routine, estimée à 68 % en 2024 selon les données OMS/UNICEF.

Ces résultats ne signifient pas que tout est réglé. Ils montrent plutôt qu’une dynamique est engagée.

Atteindre 90 % : le véritable défi commence maintenant

Passer de 71 % à 90 % ne sera pas une simple opération statistique. Cela signifie aller chercher les enfants qui restent en dehors du système de vaccination, notamment dans les zones rurales, éloignées ou difficiles d’accès.

Cela suppose des vaccins disponibles, une chaîne du froid fonctionnelle, des équipes suffisamment nombreuses, des moyens de transport, une mobilisation communautaire permanente et surtout une confiance durable entre les populations et le système de santé.

L’OMS et l’UNICEF rappellent que leurs estimations nationales de couverture vaccinale reposent notamment sur les données officiellement communiquées par les États et sur les enquêtes disponibles. Elles servent à mesurer les progrès mais aussi à identifier les populations qui restent insuffisamment protégées.

La question des ressources humaines : 726 agents au cœur de l’équation

Une politique de santé ne peut pas fonctionner sans femmes et hommes pour la mettre en œuvre.

C’est pourquoi l’annonce du recrutement de 500 paramédicaux et de l’intégration à la fonction publique de 226 agents arrivant en fin de contrat avec les partenaires constitue l’un des points importants de cette nouvelle orientation. Au total, ce sont 726 agents qui sont concernés par ces deux mesures annoncées.

Sur le terrain, cette question est fondamentale. Un centre de santé sans personnel suffisant peut avoir un bâtiment, du matériel et même des médicaments : il restera limité dans sa capacité à répondre aux besoins de la population.

Le renforcement des ressources humaines doit donc être accompagné d’une répartition équitable des agents sur le territoire, d’une formation continue et de conditions de travail permettant de retenir les professionnels, particulièrement dans les zones les plus éloignées.

Le financement, l’autre nerf de la guerre

La vaccination et, plus largement, le fonctionnement du système de santé nécessitent des ressources financières prévisibles.

Lors de cette reprise de la « Réunion du 24 », le Chef de l’État a demandé la sécurisation du financement de la vaccination, l’apurement des engagements financiers envers les partenaires ainsi que le respect des engagements de l’État pour 2026.

Cette question est loin d’être secondaire.

Le financement national de la santé et la crédibilité des engagements pris envers les partenaires techniques et financiers peuvent contribuer à créer un environnement plus stable pour les programmes sanitaires. L’OMS indique d’ailleurs que, durant la période 2024-2025, son appui au Tchad a notamment porté sur la couverture sanitaire universelle, la préparation et la réponse aux urgences ainsi que l’amélioration de la santé et du bien-être.

Une responsabilité qui dépasse les hommes et les institutions

Il faut cependant éviter de réduire cette dynamique à la seule action du Chef de l’État ou du ministre de la Santé publique, le Dr Abdelmadjid Abderahim.

Une politique sanitaire durable repose sur une chaîne complète : l’État, les professionnels de santé, les collectivités, les partenaires techniques et financiers, les organisations de la société civile, les médias, les leaders communautaires et, surtout, les citoyens.

Le rôle du leadership politique est de fixer le cap, mobiliser les ressources et demander des comptes sur les résultats. Celui du ministère est de transformer les orientations en politiques et en programmes efficaces. Les partenaires peuvent accompagner les efforts nationaux, tandis que les communautés doivent être pleinement associées.

La souveraineté sanitaire : produire, financer et protéger

Lorsqu’on parle aujourd’hui de souveraineté nationale, il ne faudrait pas limiter cette notion à la défense, à l’économie ou aux frontières.

Un pays qui ne peut pas suffisamment protéger la santé de sa population demeure vulnérable.

La souveraineté sanitaire signifie notamment renforcer les capacités nationales, assurer la continuité des services essentiels, développer les ressources humaines, améliorer les infrastructures, sécuriser les financements et réduire progressivement les dépendances qui fragilisent le système.

L’implication directe du Chef de l’État dans le suivi de la vaccination peut donc être considérée comme un signal politique important. Elle peut également rassurer les partenaires sur la volonté du pays de maintenir la santé parmi les priorités nationales.

Mais la confiance ne se décrète pas. Elle se construit par les résultats, la transparence, la régularité du financement et l’évaluation des engagements.

Et maintenant, que restera-t-il de cette réunion ?

C’est probablement la question la plus importante de cette chronique.

Une réunion présidentielle peut fixer des orientations. Une décision peut annoncer un recrutement. Un objectif peut être fixé à 90 %. Mais, derrière ces annonces, les citoyens attendent des changements concrets : un enfant vacciné à temps, une mère correctement prise en charge, un centre de santé fonctionnel, un agent disponible, un vaccin conservé dans de bonnes conditions et une population mieux protégée contre les épidémies.

Le retour de la « Réunion du 24 » peut ainsi devenir plus qu’un rendez-vous institutionnel. Il peut constituer un mécanisme régulier de redevabilité et de suivi des performances du système de santé.

Le Tchad dispose désormais d’un objectif clair : passer de 71 % de couverture vaccinale en 2025 à 90 % en 2029. Le chemin est encore long, mais il est mesurable.

Dans le cadre des 12 chantiers et 100 actions du projet de société présidentiel, la question fondamentale reste finalement très simple : comment transformer les décisions prises au sommet de l’État en résultats visibles dans le dernier village du pays ? Le programme présidentiel est effectivement structuré autour de 12 grandes réalisations et 100 actions pour la période 2024-2029.

En santé, le véritable bilan ne se mesure pas seulement au nombre de réunions tenues, mais au nombre de vies protégées.

Et c’est peut-être là que se trouve le meilleur indicateur d’une politique publique : la confiance retrouvée d’une mère qui sait que son enfant sera vacciné, soigné et protégé, où qu’elle vive au Tchad.

MEDD TV INFO TCHAD VERT

A LIRE SUR : 🌐 🔗 FACEBOOK

Image : Communication Présidence du Tchad

Vous pouvez aussi aimer …

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *