« Ma grand-mère était un homme » : quand un roman de Mahamat Saleh Haroun nous invite à renouer avec le goût de la lecture

Ecrit par MEDD TV INFO

août 26, 2026

N’Djamena — L’arrivée récente du roman Ma grand-mère était un homme, de l’écrivain et réalisateur tchadien Mahamat Saleh Haroun, dans les rayons de la médiathèque de l’Espace Talino Manu, soutenu par l’Institut français du Tchad, offre une occasion de s’interroger sur la place qu’occupe aujourd’hui la lecture dans la vie des jeunes Tchadiens.

Au-delà de la présence d’un nouvel ouvrage dans une médiathèque, ce roman pose une question plus large : les jeunes consacrent-ils encore suffisamment de temps à la lecture et aux bibliothèques, comme le faisaient leurs aînés ?

Quand la bibliothèque était un rendez-vous

Il fut une époque où fréquenter une bibliothèque faisait presque partie du quotidien de nombreux élèves, étudiants et jeunes Tchadiens. Lire un roman, rechercher un ouvrage pour un devoir, découvrir un auteur ou simplement passer quelques heures entre les rayonnages constituait une véritable activité de loisir.

À N’Djamena, plusieurs générations ont ainsi connu les bibliothèques de l’ancienne CCF, devenue aujourd’hui l’Institut français du Tchad, du CEFOD, du CENALPAC, de la Bibliothèque nationale, de Don Bosco, du Sacré-Cœur, du Centre Emmanuel, du CCL, du Centre Al Mouna, de Kabalaye, ainsi que certaines bibliothèques scolaires, notamment au lycée Félix Éboué, au LTC et dans plusieurs établissements universitaires.

Parmi ces lieux, l’ancienne CCF occupait une place particulière dans le cœur de nombreux jeunes. Elle était considérée comme une référence, notamment pour celles et ceux qui recherchaient des romans récents ou des ouvrages parfois difficiles à trouver ailleurs.

Pour obtenir certains livres, il fallait parfois arriver tôt. Les ouvrages les plus recherchés étaient rapidement empruntés. Il arrivait même que certains lecteurs réservent leur exemplaire ou attendent patiemment son retour.

Quand trouver un livre était déjà une aventure

À cette époque, l’accès aux livres n’était pas toujours simple. Les librairies étaient peu nombreuses et certains ouvrages étaient pratiquement introuvables à N’Djamena. Pour se procurer un roman, certaines familles devaient le commander à l’étranger ou compter sur un parent, un ami ou une connaissance vivant hors du pays.

Tout le monde n’avait pas non plus les moyens d’acheter régulièrement des livres. Cette réalité économique contribuait à faire des bibliothèques des espaces essentiels : elles permettaient à plusieurs lecteurs d’accéder aux mêmes ouvrages sans avoir à les acheter.

Aujourd’hui encore, le paysage du livre reste fragile. Les librairies sont devenues rares, tandis que le marché informel s’est développé. Les « librairies par terre », installées notamment autour des écoles, des marchés et dans certains quartiers, permettent certes de rendre les livres plus accessibles, mais les lecteurs peuvent parfois être confrontés à des ouvrages d’occasion, des éditions anciennes ou des reproductions de qualité variable.

Quelques librairies continuent néanmoins de faire vivre cette culture, parmi lesquelles la Librairie La Source, la Librairie Al Watan, la Librairie Le Printemps ou encore la Librairie Amina.

La bibliothèque, un espace pour nourrir l’esprit

Une bibliothèque n’est pourtant pas seulement un endroit où l’on vient chercher un livre.

C’est un espace de découverte, de réflexion, de transmission et de construction personnelle. À travers un roman, un jeune peut voyager sans quitter N’Djamena, découvrir une autre culture, enrichir son vocabulaire, développer son imagination et apprendre à regarder le monde autrement.

Mais les habitudes ont profondément changé.

Les smartphones, les réseaux sociaux, les vidéos courtes et la multiplication des contenus numériques occupent désormais une grande partie du temps libre des jeunes. Le téléphone est devenu à la fois un outil d’information, de communication et de divertissement.

Il ne s’agit évidemment pas d’opposer systématiquement le numérique au livre. L’enjeu est plutôt de trouver un équilibre entre la lecture sur écran et la lecture d’un ouvrage, entre l’information rapide et le temps long nécessaire pour comprendre, réfléchir et imaginer.

L’Espace Talino Manu, une porte ouverte vers la lecture

C’est dans ce contexte que la médiathèque de l’Espace Talino Manu prend tout son sens.

En entrant dans cet espace culturel, le visiteur retrouve l’image familière de rayonnages remplis de livres, prêts à être ouverts et découverts. Soutenu par l’Institut français du Tchad, l’espace s’inscrit dans une dynamique de valorisation de la culture, de la création artistique et de la mémoire.

La présence d’ouvrages d’auteurs tchadiens y est particulièrement importante. Elle permet aux jeunes de découvrir ou redécouvrir la littérature produite par des écrivains de leur propre pays.

Parmi les ouvrages disponibles figure notamment Ma grand-mère était un homme, de Mahamat Saleh Haroun.

Ce roman, publié aux éditions Stock, constitue une nouvelle invitation à entrer dans l’univers littéraire de l’auteur tchadien. À travers une histoire intime et familiale, Mahamat Saleh Haroun entraîne le lecteur dans une aventure où se croisent mémoire, identité, destin individuel et histoire.

La présence de ce livre dans une médiathèque tchadienne dépasse donc la simple mise à disposition d’un ouvrage. Elle constitue une passerelle entre un écrivain, son pays et une nouvelle génération de lecteurs.

Redonner aux jeunes le goût du livre

Le défi est désormais collectif.

Parents, enseignants, écrivains, artistes, bibliothécaires, pouvoirs publics, associations et acteurs culturels ont tous un rôle à jouer pour rapprocher les jeunes des livres.

Il faut encourager les enfants à fréquenter les bibliothèques, organiser davantage de clubs de lecture, multiplier les rencontres avec les écrivains, développer les bibliothèques scolaires et rendre les ouvrages plus accessibles.

Sensibiliser à la lecture ne signifie pas demander aux jeunes d’abandonner leurs téléphones. Il s’agit plutôt de leur rappeler qu’un écran peut informer, mais qu’un livre peut aussi former, faire réfléchir et transformer une manière de voir le monde.

Un enfant qui lit développe sa curiosité. Un adolescent qui lit apprend à questionner. Un jeune qui lit régulièrement acquiert progressivement des outils pour mieux comprendre son environnement et participer à la société.

La bibliothèque ne doit pas devenir un souvenir

Les bibliothèques tchadiennes ne doivent pas être considérées comme les vestiges d’une époque révolue.

Elles doivent redevenir des espaces vivants, attractifs et adaptés aux nouvelles générations. Il faut y créer des activités, des débats, des rencontres littéraires et des espaces où les jeunes peuvent venir non seulement pour étudier, mais aussi pour découvrir, échanger et se divertir.

L’arrivée de Ma grand-mère était un homme à la médiathèque de l’Espace Talino Manu rappelle finalement une chose essentielle : pour donner aux jeunes le goût de la lecture, il faut d’abord leur donner la possibilité de rencontrer les livres.

MEDD TV INFO TCHAD VERT

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