À N’Djamena, et si nous faisions renaître les arbres fruitiers dans nos maisons ?

Planter un arbre, c’est préparer l’avenir. Mais planter un arbre fruitier, c’est aussi nourrir, protéger et transmettre.

À N’Djamena, il fut un temps où un simple tour dans certains quartiers suffisait pour apercevoir, dans les concessions et parfois devant les maisons, des manguiers, des citronniers ou encore des goyaviers. À Klemat, Djabal Bahr, Mardjandafack, le long de certaines rues de 40 ou 50 mètres et dans plusieurs autres quartiers, ces arbres faisaient partie du paysage quotidien.

Les enfants pouvaient cueillir une mangue, une goyave ou quelques citrons directement dans la cour familiale. Ces arbres apportaient de l’ombre, de la fraîcheur et surtout une petite production alimentaire accessible à tous.

Aujourd’hui, cette habitude semble progressivement disparaître.

Quand planter est devenu plus difficile que d’acheter

Dans de nombreuses familles, la nouvelle génération semble davantage habituée à acheter les fruits au marché qu’à les produire, même à petite échelle. Les petits jardins familiaux deviennent rares et les concessions disposent de moins en moins d’espaces végétalisés.

Pourtant, il n’est pas toujours nécessaire de disposer d’un grand terrain pour planter un arbre fruitier. Un petit espace bien choisi, un noyau de mangue, une graine de citron ou un plant de goyavier peuvent constituer le début d’une véritable tradition familiale.

Il ne s’agit pas de revenir simplement au passé. Il s’agit de retrouver une pratique utile et de l’adapter aux réalités de la ville.

L’arbre pour l’ombre, mais aussi pour nourrir

Planter un arbre uniquement pour obtenir rapidement de l’ombre peut sembler pratique. Mais le choix de l’espèce mérite également réflexion.

Certains arbres à croissance très rapide, communément appelés à N’Djamena « arbres six mois », sont aujourd’hui largement plantés. Or, selon l’espèce concernée et l’endroit où ils sont installés, leurs racines peuvent devenir problématiques pour certaines infrastructures : dallages, canalisations, murs ou voies aménagées.

L’objectif n’est donc pas de condamner la plantation de ces arbres. Tout arbre a son utilité lorsqu’il est adapté à son environnement. Mais dans une capitale confrontée à la chaleur, à la dégradation des sols et aux enjeux d’alimentation, il est pertinent de privilégier davantage des espèces adaptées, notamment des arbres fruitiers, lorsque l’espace et les conditions le permettent.

Un manguier peut offrir de l’ombre et produire des fruits. Un citronnier peut fournir des citrons à la famille. Un goyavier peut devenir une source de fruits pour les enfants, les voisins et les visiteurs.

Pourquoi choisir entre ombre et nourriture lorsque l’on peut avoir les deux ?

Le message du Président doit devenir une pratique citoyenne

Lors de la Semaine nationale de l’arbre, le Président de la République, Maréchal Mahamat Idriss Déby Itno, a lui-même donné l’exemple en procédant à la plantation symbolique d’un arbre fruitier au Palais Toumaï.

Le message porté à cette occasion, invitant notamment les Tchadiens à privilégier la plantation d’arbres fruitiers, mérite désormais de dépasser le cadre des cérémonies officielles pour entrer dans les habitudes quotidiennes des citoyens.

La véritable réussite d’une politique de reboisement ne se mesure pas seulement au nombre d’arbres plantés lors d’une cérémonie. Elle se mesure surtout au nombre d’arbres qui survivent, grandissent et sont entretenus plusieurs années après leur plantation.

C’est là que commence la responsabilité de chacun.

Pourquoi ne pas commencer dans sa propre cour ?

Une famille peut décider de planter un manguier. Une autre peut choisir un citronnier. Une troisième peut planter un goyavier.

Les écoles, administrations, associations, centres de santé et espaces communautaires peuvent également réserver, lorsque les conditions le permettent, des espaces à des arbres fruitiers adaptés au milieu.

L’objectif pourrait être simple : une famille, au moins un arbre fruitier.

Ce geste paraît modeste. Pourtant, multiplié par des milliers de ménages à N’Djamena, il pourrait progressivement transformer le paysage de la capitale.

Imaginez une ville où davantage de concessions disposent de petits jardins ; où les enfants grandissent en apprenant à planter et à entretenir ; où certaines familles consomment une partie des fruits produits chez elles ; où les voisins partagent une récolte ; où les espaces publics deviennent également des lieux d’apprentissage de la culture et de la protection de l’environnement.

Ce serait plus qu’une plantation. Ce serait une véritable éducation citoyenne à l’environnement et à l’autonomie alimentaire.

Le noyau que nous jetons aujourd’hui peut devenir l’arbre de demain

Autrefois, après avoir mangé une mangue ou une goyave, on pouvait conserver le noyau ou les graines et tenter de les faire pousser. Aujourd’hui, ce geste simple est devenu beaucoup moins courant.

Il faut toutefois éviter les raccourcis : tous les fruits cultivés aujourd’hui ne sont pas issus d’OGM et l’utilisation d’engrais ou de produits phytosanitaires ne signifie pas automatiquement qu’un fruit est dangereux. La priorité doit plutôt être d’encourager des pratiques agricoles responsables, adaptées au climat et respectueuses des sols, tout en privilégiant des plants et semences de qualité.

La plantation d’un arbre fruitier peut commencer très simplement : choisir une espèce adaptée, sélectionner un plant ou une graine saine, préparer correctement le sol, arroser régulièrement et surtout assurer son entretien.

Car planter est un acte, entretenir est un engagement.

Et si nous lancions un nouveau réflexe à N’Djamena ?

Il est temps de faire de la plantation des arbres fruitiers une culture familiale et citoyenne.

Parents, montrez l’exemple à vos enfants.

Enseignants, transmettez ce savoir aux élèves.

Associations, organisez des journées de plantation et de suivi.

Administrations, valorisez les espaces disponibles.

Autorités locales, accompagnez les initiatives de verdissement adaptées à la ville.

Et citoyens, commencez simplement chez vous.

Un arbre planté aujourd’hui ne donnera peut-être pas immédiatement ses fruits. Il faudra de la patience, de l’eau, des soins et de la protection. Mais quelques années plus tard, vous pourrez vous asseoir sous son ombre et récolter les fruits de votre propre geste.

Vous aurez peut-être oublié le jour où vous avez planté cet arbre.

Mais l’arbre, lui, n’aura pas oublié de vous servir.

Il donnera de l’ombre à vos enfants, des fruits à votre famille, de la fraîcheur à votre concession et parfois même une récolte à partager avec vos voisins.

N’Djamena a besoin de routes, d’infrastructures et de développement. Mais elle a aussi besoin d’arbres.

Alors, ne jetons plus systématiquement le noyau. Plantons-le lorsque les conditions s’y prêtent. Ne nous contentons plus d’acheter les fruits : essayons aussi d’en produire.

Osons planter. Osons entretenir. Osons transmettre.

Un arbre fruitier dans chaque concession lorsque cela est possible : voilà un petit geste qui peut contribuer à faire une grande différence pour N’Djamena de demain.

MEDD TV INFO TCHAD VERT

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