
Le débat qui agite ces derniers jours les réseaux sociaux autour de la laïcité au Tchad mérite mieux que des réactions passionnées. Il mérite du recul, de la nuance et surtout une lecture responsable de ce que signifie réellement la laïcité dans une République
Le sujet est parti notamment d’une publication du Président de la République, le Maréchal Mahamat Idriss Déby Itno, citant un verset du Coran : « Et ne mêlez pas le faux à la vérité. Ne cachez pas sciemment la vérité. »
Pour certains internautes, cette référence religieuse serait incompatible avec le statut d’un Président d’un État laïc.
Mais posons-nous simplement la question : être Président d’une République laïque signifie-t-il renoncer à sa foi personnelle ?
La réponse mérite d’être nuancée.
La laïcité ne signifie pas l’interdiction de croire. Elle ne signifie pas davantage que les croyants doivent cacher leur religion dans l’espace public. Elle signifie avant tout que l’État appartient à tous, qu’aucune religion ne doit être imposée aux citoyens et que les institutions de la République doivent garantir la liberté de conscience et l’égalité de tous.
Un Président musulman reste donc musulman après son élection. Un Président chrétien ne cesse pas d’être chrétien lorsqu’il entre au palais présidentiel. Mais une fois investi de la plus haute fonction de l’État, il porte une responsabilité particulière : gouverner pour tous, croyants comme non-croyants, sans distinction de religion.
C’est là que se trouve la véritable frontière.
Citer un verset coranique, une parole biblique ou une référence spirituelle n’est pas, en soi, la preuve que l’État abandonne sa laïcité. La véritable question serait de savoir si une référence religieuse sert à imposer une règle religieuse à l’ensemble des citoyens ou à justifier une décision publique qui devrait normalement reposer sur la Constitution et les lois de la République.
Il faut également se garder d’aller trop vite dans l’interprétation.
Dans le cas présent, le Président a publié un verset coranique. Certains y voient une réponse indirecte à des accusations récemment relayées sur les réseaux sociaux. Mais le rôle du journaliste n’est pas de transformer une interprétation en certitude.
Un fait est un fait. Une interprétation reste une interprétation.
C’est justement dans ces moments de tension que notre responsabilité journalistique prend tout son sens.
Nous devons rapporter ce qui est établi, présenter le contexte et laisser au citoyen la possibilité de se faire sa propre opinion.
D’ailleurs, le Tchad n’est pas le seul pays où cette question peut se poser. Dans d’autres États se revendiquant comme laïcs, des responsables politiques ont publiquement fait référence à leur foi ou à des textes religieux sans que cela signifie automatiquement la disparition de la laïcité de l’État.
Le Sénégal offre notamment un exemple intéressant : des dirigeants politiques y ont publiquement utilisé des références coraniques alors même que le pays est constitutionnellement laïc.
Cela doit nous amener à éviter les raccourcis.
La laïcité ne demande pas au citoyen d’abandonner sa foi. Elle demande à l’État de ne pas imposer une foi.
Et cette distinction est fondamentale pour notre jeune démocratie.
Au Tchad, musulmans, chrétiens et adeptes d’autres convictions vivent ensemble. Cette diversité ne doit pas devenir une source permanente de suspicion. Au contraire, elle doit être considérée comme une richesse à protéger.
Nous pouvons donc critiquer une prise de parole présidentielle. Nous pouvons interroger son opportunité. Nous pouvons demander si une communication officielle aurait dû employer un autre registre. Mais nous devons éviter de conclure automatiquement qu’une simple référence religieuse constitue une violation de la laïcité.
Le vrai débat n’est peut-être pas de savoir si le Président a le droit de citer le Coran. Le vrai débat est de savoir si le pouvoir de l’État reste neutre à l’égard des religions.
C’est là que se mesure réellement la laïcité.
Dans une République, la foi appartient à la conscience de chacun. Le pouvoir, lui, appartient à la Constitution et au peuple.
Et peut-être devons-nous collectivement retenir une chose : un Président n’a pas besoin de cacher sa foi pour être républicain ; il doit simplement veiller à ne jamais transformer sa foi personnelle en obligation pour toute la République.
C’est cette ligne d’équilibre que nous devons défendre.
Ni procès contre la religion.
Ni instrumentalisation de la religion.
Mais une République suffisamment forte pour permettre à chacun de croire, de ne pas croire, de s’exprimer et surtout de vivre ensemble.
La laïcité tchadienne ne devrait donc pas être un prétexte pour opposer les croyants aux non-croyants. Elle devrait être la garantie que, quelles que soient nos croyances, nous sommes d’abord et avant tout des citoyens égaux devant la République
Á lire l’article sur les réseaux sociaux ici 📍👉
.🔗LAÏCITÉ AU TCHAD : UN PRÉSIDENT DOIT-IL CESSER D’ÊTRE CROYANT POUR ÊTRE RÉPUBLICAIN ?
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