De N’Djamena aux 22 autres provinces, les incendies se multiplient. Mais derrière chaque colonne de fumée, il y a une famille, un commerce, une récolte, une terre, un emploi ou parfois une vie qui disparaît. Face à cette succession de sinistres, l’heure n’est plus seulement au constat : elle est à la vigilance, à la prévention et à la responsabilité collective.

Il suffit parfois de quelques minutes pour qu’une maison parte en fumée, qu’un commerce perde toute sa marchandise ou qu’une famille se retrouve sans toit.
Depuis le début de l’année 2026, les incendies rapportés dans plusieurs provinces du Tchad dessinent une réalité préoccupante. À N’Djamena, des commerces et des marchés ont été touchés, notamment à Gassi, Dembé, au marché à mil et plus récemment à Diguel. Dans le Guéra, des habitations et des champs ont été ravagés, avec des pertes humaines. Dans le Ouaddaï, Abéché et Adré ont connu des incendies particulièrement importants, notamment dans des zones commerciales et liées au stockage de carburant. Dans le Logone Occidental, un incendie à Dadjilé a détruit environ 160 cases et fait des victimes.

Le phénomène ne s’arrête pas là.
Dans le Mayo-Kebbi Est, certaines violences communautaires ont également entraîné l’incendie de concessions et de cases. Dans le Logone Oriental, des habitations et même des salles de classe ont été détruites. Dans le Sila, des incendies ont touché des concessions et des familles. Dans le Batha, le Mayo-Kebbi Ouest, le Salamat, le Moyen-Chari, la Tandjilé et le Hadjer-Lamis, différents sinistres ont également été rapportés.

Et puis il y a une autre alerte, particulièrement préoccupante pour un pays dont les écosystèmes sont déjà fragiles : les incendies dans les oasis du Nord.
À Faya-Largeau, dans le Borkou, des palmeraies ont été touchées. À Bachikélé, dans l’Ennedi-Est, une partie d’une oasis a également été ravagée. Dans le Kanem, des feux de brousse ont été signalés. Ces incendies ne détruisent pas uniquement des arbres. Ils menacent des années de travail, des moyens de subsistance, des ressources alimentaires et parfois l’équilibre écologique de territoires entiers.
Une nouvelle alerte, aujourd’hui encore

Et comme pour nous rappeler que cette question ne peut plus être repoussée, un nouvel incendie s’est déclaré ce jeudi 3 septembre 2026, aux premières heures de la matinée, dans une usine de fabrication de nattes située dans la zone industrielle de Farcha, à N’Djamena.
L’origine du sinistre reste, à ce stade, indéterminée.
Les sapeurs-pompiers de la Ville de N’Djamena sont rapidement intervenus. Leur mobilisation a permis de maîtriser les flammes avant qu’elles ne gagnent les installations et bâtiments voisins.
Il faut le dire : leur intervention a probablement permis d’éviter un bilan beaucoup plus lourd.
L’usine a néanmoins subi d’importants dégâts matériels et les pertes sont considérables.
Mais une question demeure : comment expliquer que tant d’incendies soient encore enregistrés sans que leur origine puisse rapidement être établie ?
Cette question ne doit pas conduire à accuser. Elle doit conduire à comprendre.
Ne pas transformer chaque incendie en accusation

Court-circuit, mauvaise manipulation, stockage dangereux de carburant, imprudence domestique, travaux de soudure, matériaux inflammables, accident, feu de brousse, acte volontaire ou autre circonstance : les causes d’un incendie peuvent être nombreuses.
C’est précisément pourquoi il faut attendre les conclusions des enquêtes avant de désigner un responsable.
Dire « origine inconnue » ne signifie pas nécessairement qu’il existe une cause mystérieuse. Cela signifie simplement qu’au moment où l’information est publiée, la cause n’est pas encore établie.
Et cette distinction est essentielle pour le journalisme.
Notre responsabilité, en tant que médias, est d’informer sans amplifier la rumeur, de rapporter les faits établis et de laisser aux enquêteurs le soin de déterminer les responsabilités.
Mais une autre question doit nous interpeller : sommes-nous suffisamment préparés ?

Les autorités ont fait des efforts pour renforcer les capacités d’intervention des sapeurs-pompiers et des forces de sécurité.
Les hommes et femmes de la Protection civile sont régulièrement appelés à intervenir dans des conditions difficiles. Leur travail mérite reconnaissance et soutien. L’intervention rapide à Farcha en est encore une illustration.
Mais les meilleurs sapeurs-pompiers du monde ne peuvent pas être partout en même temps.
Et lorsqu’un incendie éclate dans une localité éloignée d’une grande ville, que reste-t-il aux populations lorsqu’il n’existe pas de moyens de secours adaptés ?
C’est là que la prévention devient essentielle.
La lutte contre les incendies commence avant le feu

Nous devons apprendre à ne pas attendre les flammes pour agir.
Dans les marchés, les commerçants doivent éviter les branchements électriques dangereux, les installations anarchiques et le stockage de produits inflammables à proximité des habitations.
Dans les ménages, il faut surveiller les installations électriques, les appareils de cuisson, les bougies, les foyers et les bouteilles de gaz.
Dans les stations et points de vente de carburant, les règles de sécurité doivent être strictement respectées.
Dans les ateliers de soudure et les unités industrielles, les dispositifs de prévention et d’extinction doivent être disponibles et régulièrement contrôlés.
Dans les campagnes, les feux utilisés pour les activités agricoles doivent être maîtrisés et surveillés.
Et partout, les citoyens doivent apprendre les premiers gestes permettant de limiter un départ de feu avant l’arrivée des secours.
Le changement climatique doit également nous interpeller

Le changement climatique ne doit pas être présenté comme la cause automatique de chaque incendie. Ce serait scientifiquement imprudent.
Mais le réchauffement climatique et l’évolution des conditions météorologiques peuvent contribuer à créer des conditions plus favorables à certains feux : températures élevées, sécheresse, végétation plus sèche et augmentation de la vulnérabilité de certains écosystèmes.
Le Tchad, déjà confronté à de fortes pressions environnementales, ne peut donc pas ignorer cette dimension.
Changer nos comportements devient une partie de la solution.
Protéger les arbres, éviter les feux incontrôlés, ne pas jeter des matières susceptibles de provoquer un départ de feu, sécuriser les installations électriques et les stocks de carburant, signaler rapidement un incendie : ces gestes peuvent sembler simples.
Mais un geste simple peut parfois sauver une vie.
Chaque incendie est plus qu’un fait divers

Un incendie n’est jamais seulement une image de flammes qui circule sur Facebook ou WhatsApp.
Derrière une maison brûlée, il y a une famille qui perd ses souvenirs.
Derrière une boutique détruite, il y a parfois plusieurs années d’épargne qui disparaissent en quelques heures.
Derrière un champ incendié, il y a une récolte perdue et parfois plusieurs mois de travail anéantis.
Derrière une palmeraie brûlée, c’est tout un patrimoine naturel et économique qui peut disparaître.
Derrière une école incendiée, ce sont des enfants dont l’avenir scolaire peut être perturbé.
Et derrière une victime, il y a une famille qui ne retrouvera jamais l’être cher.
Une vie perdue. Une terre perdue. Une activité économique détruite. Un patrimoine disparu. Un avenir compromis.
Voilà pourquoi nous devons prendre les incendies au sérieux.
L’État doit renforcer ses moyens, le citoyen doit renforcer sa vigilance

La prévention n’est pas uniquement une affaire de gouvernement.
L’État doit renforcer les effectifs, les équipements et la présence des sapeurs-pompiers dans les provinces. Il doit améliorer les systèmes d’alerte, les enquêtes techniques après sinistre, la réglementation des marchés, des dépôts de carburant et des installations industrielles.
Les collectivités territoriales doivent intégrer le risque incendie dans leur planification.
Les entreprises doivent respecter les normes de sécurité.
Les responsables des marchés doivent disposer de plans d’évacuation et de moyens de première intervention.
Les médias doivent continuer à sensibiliser.
Et les citoyens doivent comprendre qu’ils ont eux aussi une responsabilité.
Prévenir un incendie, ce n’est pas seulement protéger son propre bien. C’est protéger son voisin, son quartier, son village, son marché et toute sa communauté.
Ne nous réveillons pas chaque matin avec une nouvelle colonne de fumée dans nos fils d’actualité

À N’Djamena comme dans les autres provinces, il ne faudrait pas que nous nous habituions à ouvrir nos téléphones chaque matin et à découvrir une nouvelle image de marché, de maison, d’usine ou de palmeraie en flammes avec la même phrase : « l’origine de l’incendie reste inconnue ».
Cette répétition doit nous inquiéter.
Elle doit surtout nous pousser à agir.
Il ne s’agit pas de créer la peur. Il s’agit de créer une culture de prévention.
Le Tchad a besoin de sapeurs-pompiers mieux équipés. Il a besoin d’enquêtes plus systématiques. Il a besoin de statistiques nationales fiables sur les incendies. Il a besoin de campagnes permanentes de sensibilisation. Mais il a aussi besoin de citoyens plus vigilants.
Car lorsque le feu commence, il est souvent trop tard pour réfléchir.
La prévention, elle, commence avant la première flamme.
Et aujourd’hui, le message doit être simple :
Soyons vigilants. Soyons responsables. Ne jouons pas avec le feu.
Parce qu’au Tchad, en 2026, chaque incendie doit nous rappeler une vérité que nous ne devons jamais oublier :
UNE FLAMME PEUT DÉTRUIRE UNE MAISON.

UN INCENDIE PEUT DÉTRUIRE UNE ÉCONOMIE.
MAIS LA VIGILANCE PEUT SAUVER UNE VIE.
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Image : MÉDIAS























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