Face à la progression de l’épidémie de dengue et à la pression croissante sur les structures sanitaires, le ministre de la Santé publique et de la Prévention, Dr Abdelmadjid Abderahim, a répondu ce vendredi 6 novembre 2026 à une question orale avec débat au Sénat. Au cœur des échanges : le dispositif de riposte, les difficultés de surveillance des décès et la nécessité d’une mobilisation communautaire accrue.

Après son passage devant les députés, le ministre de la Santé publique et de la Prévention, Dr Abdelmadjid Abderahim, était de nouveau face aux représentants de la Nation. Cette fois, c’est au Sénat qu’il a été appelé à apporter des éclaircissements sur la situation épidémiologique de la dengue et les mesures engagées par le Gouvernement pour contenir sa propagation.

La séance, dirigée par le président du Sénat, Dr Haroun Kabadi, a été consacrée à une question orale avec débat introduite par la sénatrice Zara Dillo. Elle a permis d’interroger le département de la Santé sur les stratégies déployées, les interventions déjà réalisées et les perspectives envisagées pour maîtriser cette épidémie qui suscite de nombreuses inquiétudes au sein des populations.
Des décès difficiles à documenter : le défi de la surveillance sanitaire

Dans son intervention préliminaire, le ministre a attiré l’attention des sénateurs sur une difficulté majeure : la sous-notification des cas et des décès liés à la maladie.
Selon Dr Abdelmadjid Abderahim, de nombreux malades sont soignés à domicile, recourent à l’automédication ou consultent des tradipraticiens sans passer par les structures sanitaires officielles. Dans ces conditions, leurs cas échappent au système de surveillance épidémiologique.
Il a également souligné qu’un décès survenu à domicile, sans consultation médicale ni test de confirmation, ne peut être automatiquement attribué à la dengue ou à une autre maladie.
Face à cette réalité, le ministre a annoncé avoir instruit le renforcement de la recherche active des cas dans les quartiers et les familles. Il a, par ailleurs, appelé les autorités locales et les communautés à signaler tout décès suspect aux équipes sanitaires afin de faciliter les investigations et d’améliorer la fiabilité des données épidémiologiques.
Une situation sanitaire aggravée par la coexistence de plusieurs maladies
Au-delà de la dengue, le ministre a dressé un tableau préoccupant de la situation sanitaire nationale, particulièrement en cette période de fin de saison des pluies.
Il a expliqué que cette période constitue traditionnellement une phase difficile pour la santé des populations, en raison de la recrudescence simultanée de plusieurs maladies.
Le paludisme, qui connaît actuellement un pic de transmission, demeure notamment l’une des principales causes de décès dans les formations sanitaires. La difficulté réside aussi dans la similitude de certains symptômes avec ceux de la dengue, ce qui peut compliquer l’identification de la maladie en l’absence d’un diagnostic approprié.
À cette situation s’ajoute le choléra, présent depuis juin dernier dans plusieurs provinces, notamment à N’Djaména. Le ministre a indiqué que cette épidémie avait déjà occasionné plus de cinquante décès, dont près de la moitié seraient survenus à domicile.
La malnutrition et les maladies chroniques constituent également des facteurs de vulnérabilité supplémentaires, notamment pour les enfants, les personnes âgées et les populations déjà fragilisées.
Le recours tardif aux soins, l’automédication et l’insuffisance de la prise en charge précoce contribuent, selon le ministre, à aggraver l’état de nombreux malades.
Une riposte qui nécessite une mobilisation collective
Pour le chef du département de la Santé publique, la pression actuelle sur les structures sanitaires ne s’explique pas uniquement par la dengue. Elle résulte de la coexistence de plusieurs urgences sanitaires qui sollicitent simultanément les capacités d’accueil et de prise en charge des établissements hospitaliers.
Cette situation met en évidence la nécessité de renforcer les moyens de surveillance, d’améliorer le diagnostic, de faciliter l’accès aux soins et d’intensifier les actions de prévention auprès des communautés.
Cette audition intervient dans un contexte de mobilisation gouvernementale renforcée. Le 2 novembre 2026, le Premier ministre, Amb. Allah-Maye Halina, avait annoncé plusieurs mesures exceptionnelles contre la dengue, notamment la gratuité totale de sa prise en charge dans les structures sanitaires publiques, le renforcement des capacités hospitalières, une semaine spéciale de salubrité et la destruction des gîtes larvaires.
Le Gouvernement avait également insisté sur la désinsectisation des moyens de transport collectif et la mobilisation des médias, des organisations de la société civile, des jeunes et des collectivités territoriales.
Des chiffres qui traduisent l’ampleur de l’urgence
Lors de son passage à l’Assemblée nationale, le 4 novembre dernier, le ministre avait communiqué un bilan de 6 275 cas suspects de dengue, dont 353 cas confirmés par les tests et 18 décès, selon les données présentées à cette occasion.
De son côté, le rapport de situation de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), publié en octobre 2026, faisait état de 3 178 cas suspects, 252 cas confirmés et huit décès, avec l’identification du sérotype DENV-2. Ces chiffres correspondent à une situation antérieure et ne doivent donc pas être confondus avec le bilan communiqué ultérieurement devant les députés.
La progression des chiffres souligne l’importance d’une surveillance épidémiologique permanente et d’une communication transparente sur l’évolution de la maladie.
La prévention, une responsabilité partagée
Au-delà des réponses institutionnelles, la lutte contre la dengue repose également sur l’engagement quotidien des populations. L’élimination des eaux stagnantes, la couverture des récipients de stockage d’eau, l’assainissement des concessions et la protection contre les piqûres de moustiques constituent des gestes essentiels.
L’OMS rappelle notamment que les moustiques vecteurs de la dengue sont actifs pendant la journée et recommande de supprimer les lieux de reproduction de ces insectes.
En présence de symptômes tels qu’une forte fièvre, des maux de tête, des douleurs musculaires ou articulaires, il est important de consulter rapidement un professionnel de santé plutôt que de recourir à l’automédication.
Le secrétaire général adjoint du Gouvernement, Dr Bourkou Dédé Alhadj, ainsi que les membres de son équipe, ont également pris part à cette séance.
Au terme de cette nouvelle interpellation parlementaire, un enjeu demeure essentiel : transformer les annonces et les stratégies de riposte en actions concrètes, visibles et accessibles à toutes les populations. Car face à la dengue et aux autres urgences sanitaires, la prévention, le diagnostic précoce et l’accès rapide aux soins restent des leviers déterminants pour sauver des vies.
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