N’Djaména, 19 octobre 2026 – Face à la progression de la dengue au Tchad, les autorités sanitaires renforcent la sensibilisation de la population. Réunis ce lundi 19 octobre au ministère de la Santé publique et de la Prévention, les membres de l’équipe de gestion de la dengue ont échangé avec les journalistes sur l’évolution de l’épidémie, les moyens de dépistage, la prise en charge des malades et les mesures de prévention. Le bilan communiqué fait état de 252 cas confirmés et de 8 décès, sur plus de 3 000 cas suspects recensés dans le pays.

La maladie, dont l’épidémie a été officiellement déclarée le 3 octobre 2026 par le ministre de la Santé publique, touche cinq provinces, dont N’Djaména. Selon les explications apportées par l’équipe de gestion, le Tchad avait déjà enregistré des cas de dengue en 2023.
Un bilan susceptible d’évoluer

Prenant la parole devant les professionnels des médias, le gestionnaire de l’incident, le Dr Fissou Henry Yandaï, a souligné que les données épidémiologiques faisaient l’objet d’un suivi régulier.
« Pour le moment, la situation est sous contrôle. Les équipes sont présentes sur le terrain et nous collectons régulièrement les données », a-t-il indiqué, tout en précisant que les chiffres pouvaient évoluer à la hausse comme à la baisse en fonction de la surveillance et de la confirmation des cas.
Cette communication vise notamment à informer la population sur la situation réelle de l’épidémie, tout en évitant les interprétations hâtives et la propagation d’informations non vérifiées.
Des tests et des médicaments pour renforcer la prise en charge
Au-delà de la surveillance épidémiologique, les autorités sanitaires travaillent au renforcement des capacités de diagnostic et de prise en charge des patients.
Le Dr Fissou Henry Yandaï a annoncé l’acquisition de consommables et de tests destinés à améliorer le diagnostic dans les centres hospitaliers universitaires (CHU), avec l’objectif de rendre ces moyens progressivement accessibles à d’autres structures sanitaires.
Une commande de médicaments est également en cours afin de soutenir les établissements de santé dans la prise en charge des malades.
Le responsable a toutefois rappelé que la lutte contre la dengue ne pouvait reposer sur le seul ministère de la Santé. Elle nécessite l’implication des autres départements ministériels, des collectivités territoriales, des communautés et des ménages.
L’objectif est notamment de réduire les lieux de reproduction des moustiques, appelés gîtes larvaires, en éliminant les eaux stagnantes et les récipients susceptibles de les abriter.
Dengue et paludisme : deux maladies à ne pas confondre

Au cours des échanges avec les journalistes, les experts ont insisté sur la nécessité de distinguer la dengue du paludisme. Ces deux maladies sont transmises par des moustiques, mais elles sont provoquées par des agents infectieux différents.
La dengue est une infection virale transmise principalement à l’être humain par la piqûre d’un moustique infecté du genre Aedes. Le paludisme, quant à lui, est provoqué par des parasites du genre Plasmodium et transmis par des moustiques du genre Anopheles.
Les symptômes peuvent se ressembler, notamment au début de la maladie. Une forte fièvre, des maux de tête, des douleurs musculaires et articulaires, une fatigue importante ou des nausées peuvent apparaître chez les personnes atteintes de dengue.
Cependant, ces signes ne suffisent pas à confirmer le diagnostic. Seul un professionnel de santé, en s’appuyant sur l’examen clinique et, lorsque cela est indiqué, sur des tests de laboratoire, peut déterminer la conduite à tenir.
En cas de fièvre ou de symptômes suspects, la population est donc invitée à consulter rapidement un centre de santé plutôt que de conclure elle-même à un cas de dengue ou de paludisme.
Dengue : comprendre les différentes formes de la maladie

Les spécialistes distinguent plusieurs formes cliniques de la dengue. Cette classification permet d’évaluer les risques et d’adapter la prise en charge en fonction de l’état du patient.
1. La dengue sans signe d’alerte
Elle se manifeste généralement par une fièvre, des maux de tête, des douleurs musculaires ou articulaires, parfois accompagnés de nausées, de vomissements ou d’une éruption cutanée. Une surveillance reste nécessaire, car l’état du patient peut évoluer.
2. La dengue avec signes d’alerte
Certains symptômes doivent inciter à consulter immédiatement, notamment des douleurs abdominales intenses, des vomissements persistants, des saignements du nez ou des gencives, une grande faiblesse ou une aggravation de l’état général.
Ces signes peuvent apparaître au moment où la fièvre commence à diminuer. Il ne faut donc pas considérer automatiquement la baisse de la température comme un signe de guérison.
3. La dengue sévère
Dans les formes graves, la maladie peut provoquer une fuite importante de plasma, des hémorragies sévères ou une atteinte grave d’organes. Elle peut entraîner un état de choc et mettre en jeu le pronostic vital.
Ces situations nécessitent une prise en charge médicale urgente, une surveillance rapprochée et, selon la gravité, une hospitalisation.
En présence de saignements ou de signes de dengue sévère, les médecins peuvent notamment demander une numération sanguine pour surveiller les plaquettes et l’hématocrite, en complément des autres examens jugés nécessaires.
Il est important de préciser que la baisse des plaquettes, à elle seule, ne suffit pas à déterminer la gravité d’un cas. L’évaluation repose sur l’ensemble des signes cliniques, les résultats biologiques et l’évolution du patient.
Citron, médicaments traditionnels et automédication : les experts mettent en garde

La conférence de presse a également permis d’aborder les rumeurs diffusées sur les réseaux sociaux concernant les prétendus remèdes contre la dengue, notamment la consommation de citron.
Les experts ont rappelé qu’aucune preuve scientifique solide ne permet actuellement d’affirmer que le citron guérit la dengue. Ce fruit apporte de la vitamine C et peut être consommé dans le cadre d’une alimentation habituelle s’il est bien toléré, mais il ne remplace ni le diagnostic ni la prise en charge médicale.
La même prudence s’impose face aux traitements traditionnels présentés comme des remèdes contre la maladie. Leur efficacité et leur innocuité ne doivent pas être présumées sans données fiables.
Les professionnels de santé déconseillent également l’automédication. Certains médicaments, notamment l’aspirine et les anti-inflammatoires non stéroïdiens comme l’ibuprofène, peuvent augmenter le risque de saignement chez une personne atteinte de dengue.
Il convient donc de demander conseil à un professionnel de santé avant de prendre un médicament. Le traitement repose principalement sur le soulagement des symptômes, une hydratation adaptée et une surveillance médicale, avec une prise en charge renforcée en cas de complications.
Comment se protéger contre la dengue ?

La prévention demeure un moyen essentiel pour limiter la propagation de la maladie. Les experts appellent les ménages et les communautés à adopter des gestes simples, mais réguliers :
- Éliminer les eaux stagnantes dans les cours, les pneus usagés, les boîtes et les récipients abandonnés.
- Couvrir hermétiquement les réservoirs et les récipients de stockage d’eau.
- Nettoyer régulièrement les récipients susceptibles de contenir des larves de moustiques.
- Utiliser des moustiquaires, des répulsifs adaptés et des vêtements couvrants pour limiter les piqûres.
- Maintenir les abords des habitations propres et participer aux opérations communautaires d’assainissement.
Les experts ont également expliqué l’importance de protéger les personnes atteintes de dengue contre les piqûres de moustiques.
En effet, la dengue ne se transmet généralement pas directement d’une personne à une autre par les contacts ordinaires. Toutefois, un moustique peut piquer une personne infectée, acquérir le virus, puis le transmettre à d’autres personnes après une période de développement du virus dans son organisme.
Protéger le malade contre les piqûres permet donc de réduire le risque que des moustiques acquièrent le virus et contribuent ensuite à sa propagation. Une moustiquaire peut notamment être utilisée, en particulier pendant les périodes de repos, sans retarder les soins nécessaires.
Décès évoqués sur les réseaux sociaux : prudence face aux informations non vérifiées
Interrogés sur les nombreux décès évoqués dans certains messages publiés sur les réseaux sociaux, les membres de l’équipe de gestion ont appelé à la prudence.
Le bilan officiel communiqué lors de cette rencontre repose sur les données recueillies et suivies par les structures sanitaires. Un décès signalé dans un quartier ou dans un cimetière ne peut pas être automatiquement attribué à la dengue sans investigation médicale appropriée.
Cette précision ne signifie pas que les inquiétudes des familles doivent être ignorées. Elle rappelle plutôt la nécessité de s’appuyer sur des informations vérifiées et sur des données médicales avant d’établir un lien entre un décès et l’épidémie.
Les journalistes ont également interrogé les intervenants sur les protocoles de traitement, les conditions de prise en charge aux urgences, la disponibilité des médicaments et la question de la gratuité des premiers soins.
Ces préoccupations, directement liées à l’accès aux soins et à la confiance de la population envers les services de santé, nécessitent des informations précises de la part des autorités compétentes, notamment concernant les modalités applicables dans chaque structure sanitaire.
Une responsabilité collective face à l’épidémie
Au terme des échanges, l’équipe de gestion de la dengue a rappelé que la lutte contre cette maladie exigeait une mobilisation collective. Les autorités sanitaires, les collectivités, les médias et les citoyens ont chacun un rôle à jouer dans la prévention et la diffusion d’informations fiables.
Avec 252 cas confirmés et 8 décès annoncés au 19 octobre 2026, la situation appelle à la vigilance, sans céder à la panique ni aux rumeurs.
Le message essentiel reste clair : éliminer les gîtes larvaires, se protéger des piqûres de moustiques, éviter l’automédication et consulter rapidement en présence de symptômes suspects.
Face à la dengue, la prévention, le diagnostic précoce et une prise en charge adaptée constituent des leviers essentiels pour protéger les populations et limiter les formes graves de la maladie.
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