N’Djaména, 29 septembre 2026 — La délivrance de la Carte d’Identité du Journaliste Professionnel devrait reprendre dès la semaine prochaine au Tchad. L’annonce a été faite ce mardi 29 septembre par la présidente de la Haute Autorité des Médias et de l’Audiovisuel (HAMA), Halima Saadia Ali, à l’occasion de la deuxième journée d’information, d’échanges et de dialogue avec les acteurs des médias, organisée au CEFOD à N’Djaména.

Cette rencontre marque la poursuite du dialogue engagé en juillet 2025 entre l’organe de régulation et les professionnels des médias. Un dialogue présenté par la HAMA comme un moyen de mieux comprendre les difficultés du secteur, mais aussi de rechercher collectivement des réponses aux profondes mutations qui touchent aujourd’hui la profession.
La carte de presse au cœur des attentes
Parmi les annonces les plus attendues figure la reprise du processus de délivrance de la Carte d’Identité du Journaliste Professionnel, suspendu depuis plus d’un an.
Selon Halima Saadia Ali, cette situation s’explique notamment par l’expiration du mandat de l’ancienne Commission nationale chargée de la carte, ainsi que par des contraintes techniques ayant retardé la mise en place de sa nouvelle composition.
La présidente de la HAMA assure que la nouvelle commission sera installée dès la semaine prochaine. Elle aura notamment pour mission d’examiner les demandes en attente et de procéder à l’attribution des cartes aux professionnels remplissant les conditions prévues par les textes en vigueur.
Une annonce qui devrait être particulièrement suivie par les journalistes et professionnels des médias concernés.
Une Maison de la Presse annoncée à Gassi
Autre dossier évoqué : la construction de la future Maison de la Presse, appelée auparavant « Maison des Médias ».
La HAMA indique qu’un terrain de 5 000 m² a été officiellement attribué en août 2025 à Gassi. Le marché des travaux aurait été signé en juin 2026 et la procédure de recrutement d’un bureau de contrôle est actuellement en cours.
L’objectif affiché est de permettre le démarrage des travaux avant la fin de l’année.
À terme, cette infrastructure devrait, selon la HAMA, constituer un espace destiné à offrir aux journalistes différents services et à devenir un véritable centre de la vie médiatique à N’Djaména.
La presse en ligne appelée à se professionnaliser
La situation de la presse en ligne a également occupé une place importante dans les échanges.
La présidente de la HAMA a rappelé que l’institution avait suspendu, par communiqué du 3 août 2026, l’examen des demandes de création de journaux en ligne.
Elle présente cette décision comme une mesure conservatoire, destinée à permettre une réflexion avec les différentes parties prenantes sur la gouvernance et la professionnalisation du secteur.
Dans sa déclaration, Halima Saadia Ali a notamment relevé, selon le constat présenté par la HAMA, l’existence de médias en ligne sans siège, sans rédaction structurée, sans professionnels identifiés ou même sans véritable site web, certains se limitant à des publications sur les réseaux sociaux.
La HAMA estime que cette situation pose des questions de crédibilité, de vérification de l’information et de responsabilité professionnelle.
L’institution annonce ainsi une réflexion sur la révision des textes encadrant le secteur des médias, avec l’objectif affiché de mieux accompagner les professionnels et de combler certaines insuffisances du dispositif réglementaire.
Formation : le numérique et l’intelligence artificielle au programme
Face aux transformations technologiques, la formation apparaît également comme l’un des axes prioritaires annoncés par la HAMA.
La présidente a rappelé qu’en octobre et novembre 2025, environ 60 techniciens de radios communautaires avaient été formés à Moundou et Abéché sur la maîtrise des outils numériques.
En mars 2026, dans le cadre de la SENAFET, 60 femmes responsables de médias — directrices, rédactrices en chef, responsables des programmes ou de la production — ont également bénéficié d’une formation consacrée à l’intelligence artificielle générative, à la vérification de l’information, aux deepfakes et au journalisme responsable.
La HAMA affirme vouloir poursuivre cette dynamique à travers son plan stratégique triennal 2026-2028, notamment avec l’appui de partenaires techniques.
L’aide à la presse : « elle existe et elle viendra »
C’est une autre question qui suscite une forte attente au sein des médias tchadiens : celle de l’aide publique à la presse.
Sur ce point, Halima Saadia Ali se veut rassurante. Elle affirme que cette aide demeure un engagement de l’État, qu’elle est prévue et budgétisée pour 2026.
La présidente de la HAMA dément également toute disparition ou utilisation des fonds et invite les responsables des médias à patienter.
Selon son annonce, le montant de l’aide publique à la presse a été significativement revalorisé en 2026, passant au double de son niveau précédent.Elle invite les médias à patienter, assurant que cette aide « viendra ».
Cette déclaration intervient alors que les organisations faîtières du secteur des médias ont récemment élevé la voix pour réclamer le versement de l’aide à la presse, à travers un communiqué rendu public pour faire connaître leurs revendications.
Dans ce contexte, l’annonce de la HAMA pourrait être perçue comme une réponse aux préoccupations exprimées par les organisations professionnelles, même si l’institution n’a pas présenté explicitement cette annonce comme une réponse au mouvement de revendication.
Un dialogue appelé à se poursuivre

Dans son mot de bienvenue, le secrétaire général de la HAMA a insisté sur la nécessité de faire de cette rencontre un véritable espace d’écoute et de concertation.
Il a rappelé que les mutations liées au numérique, aux réseaux sociaux et à l’intelligence artificielle bouleversent les modes de production et de consommation de l’information. Elles offrent de nouvelles possibilités aux médias, mais soulèvent également des défis en matière de vérification, de désinformation, de protection des données, de droits d’auteur, de formation et de viabilité économique.
Pour la HAMA, la régulation doit donc continuer à s’appuyer sur le dialogue avec les professionnels.
La deuxième journée d’échanges aura ainsi permis de remettre au centre des discussions plusieurs préoccupations majeures de la presse tchadienne : la carte de presse, la formation, la viabilité économique des médias, l’aide publique, la réglementation, la professionnalisation de la presse en ligne et la protection des journalistes.

À travers son plan stratégique 2026-2028, la HAMA dit vouloir renforcer la gouvernance, moderniser ses méthodes de travail et investir davantage dans la formation, la protection et l’accompagnement des professionnels.
L’ambition affichée est de contribuer à l’émergence d’un secteur médiatique plus professionnel et responsable, capable de jouer pleinement son rôle dans l’information du public, la promotion de la paix et le renforcement de la cohésion sociale au Tchad.
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