Formation des médecins, spécialisation médicale, renforcement des plateaux techniques et coopération pharmaceutique : N’Djamena et Alger explorent de nouvelles pistes pour répondre aux besoins prioritaires du système de santé tchadien.

Le Tchad et l’Algérie entendent donner une nouvelle impulsion à leur coopération dans le domaine de la santé. Cette volonté s’est exprimée lundi 12 octobre 2026, à N’Djamena, lors d’une rencontre entre le ministre tchadien de la Santé publique et de la Prévention, Dr Abdelmadjid Abderahim Mahamat, et une mission algérienne d’experts du secteur sanitaire.
La rencontre s’est déroulée en présence de l’ambassadeur de la République algérienne démocratique et populaire au Tchad, Fayçal Djaouti, de la secrétaire d’État à l’Enseignement supérieur, à la Recherche scientifique et à la Formation professionnelle, Dr Khadidja Adoum Attimer, du conseiller à la santé à la Présidence, Dr Choua Ouchemi, ainsi que de plusieurs cadres des administrations concernées.
La formation médicale au cœur des échanges

Au-delà des relations historiques entre les deux pays, les discussions ont porté sur des actions concrètes susceptibles de renforcer les capacités du système sanitaire tchadien. La formation des professionnels de santé, le transfert de compétences, l’amélioration des équipements médicaux et le développement de l’industrie pharmaceutique figurent parmi les principaux axes examinés.
Dans son intervention, le ministre de la Santé publique et de la Prévention a salué la contribution de l’Algérie à la formation des cadres tchadiens, notamment dans les domaines médical et paramédical. Il a rappelé que plusieurs professionnels tchadiens présents dans les structures sanitaires ont bénéficié d’une formation en Algérie.
Pour Dr Abdelmadjid Abderahim Mahamat, cette expérience constitue un acquis important sur lequel les deux pays peuvent s’appuyer pour approfondir leur partenariat.

Le chef de la mission algérienne, Abdi M’Hand, a, pour sa part, exprimé la volonté de sa délégation de partager l’expérience algérienne, particulièrement en matière de formation médicale et paramédicale. Cette mission vise également à mieux cerner les réalités du système sanitaire tchadien afin d’identifier les domaines dans lesquels l’expertise algérienne pourrait apporter un appui adapté.
Trois présentations pour cerner les besoins du Tchad

Afin de permettre aux experts algériens de mieux comprendre les défis du secteur sanitaire tchadien, trois présentations ont été consacrées à l’état du système de santé, aux enjeux de la santé reproductive et materno-infantile, ainsi qu’aux perspectives de développement du secteur pharmaceutique.
Les échanges ont notamment porté sur les ressources humaines disponibles, les spécialités médicales, les capacités hospitalières et les perspectives de développement à l’horizon 2026.
Les données présentées sur le Centre hospitalier universitaire de référence nationale illustrent l’ampleur des besoins. En 2025, cet établissement a accueilli entre 110 000 et 120 000 patients, pris en charge entre 30 000 et 35 000 urgences médico-chirurgicales et réalisé 1 230 actes chirurgicaux, selon les chiffres communiqués au cours de la présentation. Le nombre de consultations a, quant à lui, atteint 46 402.
Ces chiffres mettent en évidence la pression exercée sur les structures hospitalières et la nécessité de renforcer les ressources humaines, les équipements et les capacités de prise en charge.
Les experts ont également pris connaissance des priorités du Tchad en matière de santé reproductive, maternelle, néonatale et infantile, ainsi que des problématiques liées à la fistule vésico-vaginale.
Des priorités pour réduire la mortalité maternelle et néonatale

La santé maternelle et infantile constitue l’un des axes majeurs des perspectives de coopération. Selon les objectifs présentés par le ministère, le Tchad ambitionne, à l’horizon 2030, de ramener la mortalité maternelle à 500 décès pour 100 000 naissances vivantes et la mortalité néonatale à 20 décès pour 1 000 naissances vivantes.
Pour progresser vers ces objectifs, plusieurs besoins ont été évoqués, notamment le renforcement des compétences des gynécologues-obstétriciens, des pédiatres et des anesthésistes-réanimateurs.
L’accompagnement des sages-femmes et des autres personnels qualifiés, à travers la formation continue et le mentorat en soins obstétricaux et néonatals d’urgence (SONU), figure également parmi les pistes de collaboration.
Le renforcement de la transfusion sanguine, notamment par l’appui au Centre national de transfusion sanguine et aux banques de sang en province, ainsi que l’amélioration de la disponibilité des produits essentiels de santé reproductive, ont aussi été abordés.
Les bourses de spécialisation, une opportunité pour les jeunes médecins

La secrétaire d’État à l’Enseignement supérieur, à la Recherche scientifique et à la Formation professionnelle, Dr Khadidja Adoum Attimer, a souligné l’importance des perspectives de bourses de spécialisation médicale.
Une telle initiative pourrait offrir aux jeunes médecins tchadiens de nouvelles possibilités de perfectionnement et contribuer, à terme, à la réduction du déficit en spécialistes dans les établissements sanitaires du pays.

De son côté, l’ambassadeur algérien, Fayçal Djaouti, a réaffirmé la volonté de son pays de poursuivre son accompagnement du Tchad. Il a notamment évoqué l’identification des besoins prioritaires, la formation, la réorganisation des plateaux techniques et les possibilités de coopération dans le domaine pharmaceutique.
Une coopération inscrite dans les priorités nationales

Le ministre de la Santé publique et de la Prévention a rappelé que cette démarche s’inscrit dans la dynamique du programme quinquennal du président de la République, le Maréchal Mahamat Idriss Déby Itno, notamment à travers le chantier 10 consacré à la modernisation du système de santé.
Il a également réaffirmé la disponibilité de son département à mettre en œuvre les recommandations formulées à Alger par les présidents tchadien et algérien, afin de consolider les relations bilatérales dans le domaine sanitaire.
Le ministre a, enfin, invité les responsables et les cadres de son département à collaborer pleinement avec la mission algérienne pour faciliter ses travaux et favoriser l’identification de solutions adaptées aux réalités du pays.
Des intentions aux actions concrètes

À travers cette mission, le Tchad et l’Algérie affichent leur volonté de faire de leur coopération sanitaire un levier de renforcement des compétences, d’amélioration des infrastructures et de modernisation du secteur pharmaceutique.
L’enjeu sera désormais de traduire les pistes évoquées en actions concrètes, notamment en matière de formation spécialisée, d’accompagnement des personnels soignants et d’amélioration des capacités techniques des établissements sanitaires.
Pour les populations tchadiennes, les retombées attendues se mesurent avant tout à la capacité du système de santé à offrir des soins plus accessibles, plus sûrs et mieux adaptés aux besoins des patients.
Arrivée à N’Djamena dimanche, la délégation algérienne avait été accueillie par Oumar Abdoulaye Onigué, directeur général des ressources et de la planification du ministère tchadien de la Santé.
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