Santé publique | 26 octobre 2026
Alors que le choléra et la dengue continuent de mettre à l’épreuve le système sanitaire tchadien, le président de la République, le Maréchal Mahamat Idriss Déby Itno, a présidé, ce lundi 26 octobre 2026, au Palais Toumaï, la réunion mensuelle de concertation consacrée au secteur de la santé. Au menu : l’évolution des deux épidémies, la prévention contre Ebola, les difficultés liées à la gratuité des soins et le renforcement des moyens accordés aux structures sanitaires.

Le Tchad fait face à une situation sanitaire préoccupante. Entre la progression du choléra et la propagation de la dengue dans plusieurs provinces, les autorités multiplient les concertations et les appels à la mobilisation pour contenir les épidémies. La réunion présidée ce lundi par le chef de l’État marque une nouvelle étape dans la coordination de la réponse gouvernementale.
À cette occasion, le président de la République a salué l’engagement du personnel soignant, des équipes de surveillance épidémiologique et des relais communautaires mobilisés sur le terrain. Il a également rendu hommage aux collectivités territoriales, aux autorités traditionnelles et religieuses, aux associations ainsi qu’aux partenaires techniques et financiers qui contribuent à la lutte contre les maladies.
Le chef de l’État a assuré que le gouvernement veillerait à doter les équipes déployées sur le terrain des moyens nécessaires à l’accomplissement de leurs missions.

Choléra : 1 395 cas cumulés et 58 décès
Selon le bilan arrêté au 21 octobre et présenté lors de cette réunion, le choléra continue de sévir dans trois zones : N’Djaména, le district de Mani, dans la province du Hadjer-Lamis, et Liwa, dans la province du Lac.
Les chiffres communiqués font état de 1 395 cas cumulés et de 58 décès. Cette situation souligne la nécessité de maintenir la vigilance, de renforcer la surveillance épidémiologique et d’intensifier les mesures de prévention, notamment en matière d’accès à l’eau potable, d’hygiène et d’assainissement.
L’épidémie avait été signalée une première fois dans le district sanitaire de Karal, au Hadjer-Lamis, en juin 2026. Le 24 juillet, le ministère de la Santé publique et de la Prévention avait annoncé la confirmation de nouveaux cas à N’Djaména, marquant une nouvelle étape dans la propagation de la maladie.
Face à cette menace, les autorités sanitaires et leurs partenaires poursuivent les efforts de surveillance et de prise en charge des personnes infectées.
Dengue : 4 004 cas recensés, 11 décès enregistrés

L’autre sujet majeur de préoccupation reste la dengue, dont la progression nécessite une réponse coordonnée des pouvoirs publics.
Le bilan présenté au Palais Toumaï fait état de 4 004 cas recensés, dont 311 confirmés, et de 11 décès. Les décès se répartissent entre le Wadi-Fira, avec quatre cas, N’Djaména, avec six cas, et le Ouaddaï, avec un cas.
Au total, six provinces sont désormais touchées par l’épidémie.
Face à cette évolution, le président de la République a insisté sur la nécessité d’une réponse rigoureuse, concertée et coordonnée par le ministère de la Santé publique et de la Prévention.
Il a notamment instruit le gouvernement de transformer le plan de contingence en un plan de riposte chiffré, assorti de mesures opérationnelles et de priorités clairement définies. Les zones enregistrant les incidences les plus élevées devront bénéficier d’une attention particulière.
L’intensification de la lutte antivectorielle figure parmi les priorités, avec la nécessité de renforcer les actions destinées à réduire la présence des moustiques responsables de la transmission de la maladie.
Cette mobilisation intervient après plusieurs alertes sanitaires. Le 3 octobre 2026, le ministère de la Santé publique et de la Prévention avait communiqué sur la situation de la dengue et appelé les populations à renforcer les mesures de prévention. Le 16 octobre, la déclaration de l’épidémie a été relayée publiquement par les autorités sanitaires. Le 22 octobre, le Premier ministre, l’ambassadeur Allah-Maye Halina, a présidé une réunion interministérielle consacrée à la progression de la maladie et à la coordination de la riposte.
Ces différentes étapes témoignent de la montée des préoccupations autour de cette épidémie et de la nécessité d’une action dépassant le seul cadre du secteur sanitaire.
Ebola : renforcer la surveillance aux frontières

Si aucun cas d’Ebola n’a été signalé au Tchad à la date de la réunion, le chef de l’État appelle à ne pas relâcher la vigilance.
Il a instruit le gouvernement de renforcer les dispositifs de surveillance épidémiologique, tout en sécurisant les points d’entrée du territoire et les zones frontalières stratégiques.
L’objectif est de consolider les capacités de détection précoce et de préparation à une éventuelle urgence sanitaire. Dans un contexte régional où les risques épidémiques exigent une surveillance constante, les autorités sont appelées à maintenir les mécanismes de prévention et de réponse.
Gratuité des soins : des acquis à consolider
La réunion a également permis d’examiner la mise en œuvre de la gratuité des soins, notamment au bénéfice des femmes enceintes, des enfants et des patients nécessitant une prise en charge urgente.
Si cette politique demeure un instrument important d’amélioration de l’accès aux soins, sa mise en œuvre reste confrontée à plusieurs difficultés, parmi lesquelles l’insuffisance des financements et les ruptures de médicaments.
Les échanges ont ainsi porté sur les possibilités d’intégrer progressivement certains soins au régime d’assistance médicale de la couverture sanitaire universelle, sans compromettre les actions de santé publique et de prévention.
L’enjeu est de préserver les acquis de la gratuité tout en recherchant des mécanismes de financement plus durables, capables de garantir la continuité des prestations dans les établissements sanitaires.
Décentralisation sanitaire : adapter les moyens aux besoins des provinces
Au-delà de la gestion des épidémies, le président de la République a insisté sur la nécessité de concrétiser la décentralisation dans le secteur de la santé.
Estimant que les besoins diffèrent d’une province à l’autre, il a préconisé des recrutements de personnel sanitaire à l’échelle provinciale, par voie de concours et en associant les collectivités autonomes.
Le chef de l’État a également appelé à une augmentation, dès 2027, des budgets alloués aux collectivités territoriales, notamment pour les secteurs prioritaires de la santé et de l’éducation.
Cette orientation vise à mieux adapter les ressources humaines et financières aux réalités locales, tout en rapprochant les services de santé des populations.
Vers un budget national de santé à la hauteur des besoins
Le financement du système sanitaire a constitué un autre point central des échanges.
Le président de la République a instruit le Premier ministre de prendre les dispositions nécessaires pour accroître les ressources consacrées à la santé, avec pour objectif d’atteindre 15 % du budget national.
Il a également insisté sur la nécessité d’améliorer l’exécution des crédits disponibles, de renforcer les moyens des hôpitaux et de veiller à ce que les établissements achevés et équipés disposent du personnel nécessaire pour accueillir les patients.
Cette orientation met en évidence un défi majeur : au-delà de la construction des infrastructures, l’efficacité du système de santé dépend aussi de la disponibilité des professionnels, des médicaments, des équipements et des ressources financières.
Des décisions attendues sur le terrain
À l’issue de la réunion, le chef de l’État a demandé au Premier ministre de veiller à la mise en œuvre effective des recommandations formulées, en tenant compte des impératifs de décentralisation et des moyens disponibles.
Il a confirmé la tenue des réunions mensuelles de concertation sur la santé chaque 24 du mois, sous sa présidence ou celle du Premier ministre en cas d’absence. La prochaine rencontre est annoncée pour le 24 novembre 2026.
Le Premier ministre, l’ambassadeur Allah-Maye Halina, des membres du gouvernement, des ambassadeurs, des partenaires au développement intervenant dans le secteur de la santé, ainsi que des collaborateurs du président de la République et des responsables du ministère de la Santé ont pris part à cette rencontre.
Un défi sanitaire qui appelle une mobilisation durable
Entre le choléra, la dengue et les risques d’importation d’autres maladies, le Tchad doit faire face à plusieurs défis sanitaires simultanés. Les chiffres présentés au Palais Toumaï rappellent l’importance d’une surveillance efficace, d’une prévention renforcée et d’une prise en charge rapide des malades.
Mais la réponse ne pourra produire des résultats durables sans des moyens adaptés, une meilleure coordination des acteurs et une implication continue des communautés.
Au-delà des instructions présidentielles, l’enjeu sera désormais de traduire les décisions prises en actions concrètes sur le terrain, afin de limiter les nouvelles contaminations, de réduire les décès évitables et de renforcer durablement la capacité du système de santé tchadien à protéger les populations.
A lire sur les réseaux sociaux ici📍👉


















0 commentaires