TCHAD : LA BIOSPHÈRE EN PÉRIL, UN PATRIMOINE NATUREL QUI APPELLE À UNE MOBILISATION URGENTE

À l’occasion de la Journée internationale des réserves de biosphère, célébrée le 3 novembre, le Tchad est confronté à un défi majeur : préserver ses écosystèmes, protéger sa biodiversité et concilier les besoins des populations avec la gestion durable des ressources naturelles. Entre le recul du couvert végétal, la pression sur les ressources en eau, la désertification et les effets du changement climatique, l’avenir de son patrimoine naturel dépend désormais de choix collectifs et d’actions concrètes.

N’Djaména, 3 novembre 2026 – Derrière les paysages du Tchad, ses vastes plaines, ses cours d’eau, ses zones humides, ses savanes et ses espaces forestiers se cache une richesse naturelle exceptionnelle. Cette diversité constitue bien plus qu’un patrimoine écologique : elle représente une source de vie, de nourriture, de revenus et de survie pour des millions de personnes.

Mais ce patrimoine est aujourd’hui soumis à de fortes pressions. Dans plusieurs régions du pays, les arbres disparaissent, les terres s’appauvrissent, les espaces de pâturage se fragilisent et les ressources en eau deviennent de plus en plus vulnérables. Pour les communautés rurales, notamment les agriculteurs, les éleveurs, les pêcheurs et les femmes qui dépendent directement des ressources naturelles, la dégradation de l’environnement n’est pas une question lointaine. Elle se vit quotidiennement.

À l’occasion de la Journée internationale des réserves de biosphère, cette réalité invite à regarder autrement la relation entre l’être humain et la nature.

La Journée internationale des réserves de biosphère, célébrée chaque année le 3 novembre, a été instituée pour sensibiliser les populations, les gouvernements et les acteurs du développement à l’importance de préserver les écosystèmes naturels tout en favorisant le développement durable.
Cette journée est portée par l’UNESCO dans le cadre de son programme sur l’Homme et la biosphère (MAB).

De la naissance du concept de biosphère à un engagement mondial

La notion de biosphère désigne l’ensemble des espaces de la planète où la vie existe, ainsi que les interactions entre les êtres vivants et leur environnement. Elle englobe les écosystèmes terrestres, aquatiques et leurs multiples formes de biodiversité.

La réflexion internationale sur la protection de cet équilibre a notamment pris une nouvelle dimension en 1971, avec le lancement par l’UNESCO du Programme sur l’Homme et la biosphère (MAB). Son ambition : rapprocher la conservation de la nature, la recherche scientifique et le développement durable.

Les réserves de biosphère sont devenues l’une des principales expressions de cette approche. Elles ne sont pas simplement des espaces interdits aux activités humaines. Elles constituent des territoires où la protection de la biodiversité doit aller de pair avec les activités économiques, les connaissances scientifiques et le bien-être des communautés locales.

C’est dans cet esprit que l’UNESCO a institué la Journée internationale des réserves de biosphère, proclamée en 2021 et célébrée chaque 3 novembre. Cette journée rappelle qu’il est possible de protéger la nature tout en permettant aux populations de vivre dignement de ses ressources.

Le Tchad, une richesse écologique entre terre, eau et biodiversité

Le Tchad possède une diversité écologique remarquable, façonnée par trois grands ensembles climatiques : la zone saharienne au nord, la zone sahélienne au centre et la zone soudanienne au sud.

Cette diversité géographique explique la variété de ses écosystèmes : déserts, steppes, savanes, forêts, plaines inondables, lacs et zones humides. Elle favorise également la présence d’une faune et d’une flore adaptées à des milieux naturels très différents.

Le lac Tchad constitue l’un des symboles les plus importants de ce patrimoine. Situé au carrefour de plusieurs pays, il joue un rôle essentiel dans les activités de pêche, d’agriculture, d’élevage et dans la vie des populations riveraines. Son bassin abrite une biodiversité remarquable, avec notamment des poissons, des oiseaux migrateurs, des hippopotames, des crocodiles et d’autres espèces animales.

Selon le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), le bassin du lac Tchad compte près de 179 espèces de poissons. Il représente également un ensemble d’écosystèmes d’une grande importance écologique et socioéconomique.

À cette richesse s’ajoutent des espaces naturels protégés comme le parc national de Zakouma, le parc national de Manda, la réserve de faune de Binder-Léré et le parc national de Sena Oura. Ces territoires participent à la préservation des espèces animales et végétales, tout en contribuant au maintien des équilibres écologiques.

Ils rappellent que le Tchad ne se résume pas à ses étendues désertiques : il possède un patrimoine naturel vivant dont la sauvegarde constitue un enjeu national.

Le lac Tchad, symbole d’un équilibre écologique fragilisé

Difficile d’évoquer l’environnement au Tchad sans parler du lac Tchad. Autrefois considéré comme l’un des plus grands lacs d’Afrique, il a connu une transformation profonde au cours des dernières décennies.

Les sécheresses des années 1970 et 1980, les variations climatiques, les prélèvements d’eau, les aménagements hydrauliques et les pressions exercées sur les ressources du bassin ont contribué à modifier son équilibre.

Cette évolution a des conséquences directes sur les populations. Lorsque les eaux se retirent ou que les zones humides se transforment, les pêcheurs doivent adapter leurs activités, les agriculteurs recherchent de nouvelles terres et les éleveurs sont contraints de modifier leurs parcours.

La compétition autour des ressources naturelles peut également accentuer les tensions entre communautés.

Le projet BIOPALT, porté par l’UNESCO et la Commission du bassin du lac Tchad, a précisément été conçu pour promouvoir la sauvegarde des ressources naturelles et culturelles, renforcer la résilience des populations et encourager une gestion pacifique des ressources dans les cinq pays concernés.

Le lac Tchad n’est donc pas seulement une question environnementale. Il est aussi un enjeu économique, social, alimentaire et de stabilité régionale.

Déforestation, désertification et changement climatique : des menaces bien réelles

Au-delà du bassin du lac Tchad, les défis environnementaux touchent l’ensemble du territoire national.

Dans le sud, la pression sur les ressources forestières s’accentue sous l’effet des besoins en bois de chauffe, de la production de charbon, de l’expansion agricole et de la croissance des établissements humains. Dans les zones sahéliennes, la dégradation des terres, les feux de brousse et la fragilisation du couvert végétal accentuent la vulnérabilité des communautés.

Le PNUD relève notamment une avancée progressive du désert estimée à environ trois kilomètres par an. Cette donnée illustre l’ampleur des défis auxquels le pays doit faire face.

Le rapport national du Tchad sur les Objectifs de développement durable présenté en 2024 indique également que la proportion des superficies forestières dans le territoire national est passée de 3,88 % en 2015 à 3,45 % en 2020.

Ces chiffres traduisent une tendance préoccupante : la réduction du patrimoine forestier, sous l’effet conjugué de l’exploitation du bois, de l’expansion agricole et de la pression démographique.

Les conséquences ne sont pas uniquement visibles dans les paysages. Elles affectent la fertilité des sols, la disponibilité du fourrage, la production agricole, les ressources hydriques et, par conséquent, les conditions de vie des populations.

Les inondations récurrentes, les épisodes de sécheresse et les températures élevées rappellent également que les changements climatiques ne constituent plus une menace future, mais une réalité qui influence déjà le quotidien des Tchadiens.

Quand la survie quotidienne devient une pression sur la nature

Il serait toutefois injuste de réduire la dégradation environnementale à une simple responsabilité individuelle des populations.

Dans de nombreuses localités, couper du bois ou produire du charbon demeure parfois l’un des rares moyens de générer des revenus. De même, l’extension des terres agricoles répond à des besoins alimentaires croissants, tandis que les déplacements des troupeaux sont souvent dictés par la recherche de pâturages et de points d’eau.

Ces réalités montrent que la protection de l’environnement doit aussi prendre en compte les conditions économiques et sociales des populations.

On ne peut durablement demander aux communautés de protéger les forêts sans leur proposer des alternatives énergétiques accessibles. On ne peut exiger une gestion responsable des terres sans accompagner les agriculteurs vers des pratiques adaptées. On ne peut préserver les ressources en eau sans renforcer les mécanismes de gestion concertée entre les différents usagers.

La conservation de la biodiversité doit donc être pensée comme une responsabilité partagée, fondée sur la participation des communautés locales, des autorités traditionnelles, des organisations de la société civile, des chercheurs et des pouvoirs publics.

Des efforts existent, mais le défi reste immense

Le Tchad dispose de plusieurs initiatives en faveur de la restauration des écosystèmes, de la lutte contre la désertification et de la protection de la biodiversité.

Les programmes de reboisement, les initiatives de la Grande Muraille verte, les projets de restauration des terres dégradées et les actions de conservation dans les aires protégées constituent des pistes importantes.

Cependant, leur efficacité dépend de la continuité des financements, de la qualité du suivi sur le terrain, de l’implication des communautés et de la capacité des institutions à faire appliquer les textes relatifs à la protection de l’environnement.

Planter des arbres est nécessaire, mais assurer leur survie l’est encore davantage. Créer des espaces protégés est important, mais garantir leur surveillance et leur gestion durable l’est tout autant.

La question fondamentale reste donc celle du passage des engagements aux résultats concrets.

Préserver la biosphère, c’est protéger l’avenir des générations futures

La Journée internationale des réserves de biosphère doit être davantage qu’une célébration symbolique. Elle devrait constituer une occasion de renforcer la sensibilisation, l’éducation environnementale et la mobilisation citoyenne.

Les établissements scolaires, les universités, les médias, les organisations de jeunesse, les associations environnementales et les collectivités territoriales ont tous un rôle à jouer.

Les médias, en particulier, peuvent contribuer à faire évoluer les comportements en donnant la parole aux communautés touchées, en documentant les atteintes à l’environnement, en valorisant les initiatives locales et en interpellant les décideurs sur les engagements pris.

Pour le Tchad, l’urgence est de construire une politique environnementale qui associe protection des ressources naturelles, développement économique, sécurité alimentaire et justice sociale.

Car protéger un arbre, une mare, une forêt, une espèce animale ou une zone humide, ce n’est pas seulement préserver un paysage. C’est aussi protéger une activité économique, une source de nourriture, un équilibre climatique et parfois même la paix entre les communautés.

Le Tchad possède encore des richesses naturelles considérables. Mais leur préservation ne peut plus attendre. La biosphère n’est pas un héritage que l’on peut consommer sans limite : c’est un patrimoine vivant que chaque génération a le devoir de transmettre.

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