DOSSIER : FORUM D’AFFAIRES FRANCE–TCHAD À PARIS : DES ENGAGEMENTS À L’ÉPREUVE DU TERRAIN

De la diplomatie économique aux projets concrets, Paris veut ouvrir une nouvelle page du partenariat entre la France et le Tchad

Paris, 25 septembre 2026. Dans les salons Hoche, au cœur de la capitale française, les intérêts économiques français et tchadiens se sont retrouvés autour d’une même table. Responsables gouvernementaux, diplomates, chefs d’entreprise, investisseurs et représentants du secteur privé ont échangé sur les opportunités offertes par le Tchad et sur les moyens de transformer les ambitions affichées en projets concrets.

Organisé avec le concours du MEDEF International et des autorités tchadiennes, le Forum d’affaires France–Tchad s’inscrit dans la dynamique du plan national de développement « Tchad Connexion 2030 ».

Pendant plusieurs heures, les discussions ont porté sur l’énergie, les infrastructures, la logistique, l’agriculture, l’élevage, la santé, la formation, la recherche, l’agro-industrie et le financement du secteur privé.

Mais derrière les chiffres, les protocoles et les photos officielles, une question demeure : que restera-t-il de Paris lorsque les investisseurs, les responsables et les délégations seront repartis ?

C’est précisément cette question qui donne tout son intérêt au rendez-vous.

UNE RENCONTRE ENTRE RESPONSABLES PUBLICS ET MONDE DES AFFAIRES

Le Forum a rassemblé des responsables des deux pays ainsi que des acteurs économiques venus présenter leurs projets, rechercher des partenaires et explorer de nouvelles possibilités d’investissement.

Côté tchadien, la délégation comprenait notamment Tahir Hamid Nguilin, ministre d’État, ministre des Finances, du Budget, de l’Économie, du Plan et de la Coopération internationale, ainsi que Dr Mathieu Guibolo Fanga, ministre du Commerce et de l’Industrie.

La représentation diplomatique tchadienne en France était également mobilisée autour de Amina Priscille Longoh, ambassadrice du Tchad en France.

Le secteur privé tchadien était représenté notamment par Bichara Doudoua, président du Conseil national du patronat tchadien, et des responsables de structures économiques du pays.

Du côté français, la rencontre a notamment enregistré la présence de Éric Gérard, ambassadeur de France au Tchad, ainsi que de responsables gouvernementaux et économiques français.

Éléonore Caroit, ministre déléguée française chargée notamment de la Francophonie et des Partenariats internationaux, a participé aux échanges.

Le MEDEF International, représenté notamment par son directeur général Philippe Gautier, a joué un rôle important dans la mobilisation des entreprises françaises.

En marge du Forum, une autre séquence a retenu l’attention : le ministre d’État tchadien Tahir Hamid Nguilin a été reçu à Bercy par le ministre français de l’Économie et des Finances Roland Lescure pour des discussions consacrées à la coopération économique et financière.

TCHAD CONNEXION 2030 : LE GRAND CADRE DE L’OFFENSIVE ÉCONOMIQUE

Le Forum de Paris n’était pas une rencontre isolée.

Il s’inscrit dans la stratégie Tchad Connexion 2030, qui prévoit 268 projets et réformes, avec une ambition globale de mobilisation de 30 milliards de dollars d’investissements.

Ce chiffre mérite toutefois d’être correctement compris.

Les 30 milliards de dollars correspondent à l’objectif global du plan. Ils ne représentent pas les contrats signés à Paris le 25 septembre.

Cette distinction est essentielle pour comprendre la portée réelle du Forum.

Paris a surtout servi de plateforme pour présenter les opportunités, rapprocher les entreprises et faire avancer certains projets et partenariats.

TOUKRA : UN PORT SEC POUR RÉPONDRE AU DÉFI DU DÉSENCLAVEMENT

Parmi les annonces qui ont retenu l’attention figure le projet de port sec de Toukra, associé à Africa Global Logistics – AGL.

Pour un pays enclavé comme le Tchad, la logistique est loin d’être un simple sujet technique.

Elle touche directement le prix des marchandises, les délais d’acheminement, le commerce, les importations, les exportations et la compétitivité des entreprises.

Un port sec fonctionnel pourrait contribuer à améliorer le traitement et le stockage des marchandises et à renforcer la connexion du Tchad aux corridors régionaux.

Mais le véritable indicateur sera le calendrier.

Quand les travaux commenceront-ils ?

Quel sera le coût définitif ?

Quel financement sera mobilisé ?

Et surtout, quel impact sur les coûts logistiques pour les entreprises et les consommateurs.

ÉNERGIE : LE SOLAIRE COMME RÉPONSE À UN DÉFI QUOTIDIEN

L’électricité est l’un des sujets qui parlent le plus directement aux citoyens.

À N’Djaména comme dans plusieurs autres villes, les entreprises, les ménages, les établissements de santé et les administrations ont besoin d’une alimentation électrique plus régulière.

Dans ce contexte, le développement de deux centrales solaires à Gassi et Lamadji, porté par le groupe français Qair, représente une initiative importante.

La capacité annoncée atteint 30 MWp, avec un système de stockage par batteries.

Le financement annoncé associe notamment Proparco et la Banque africaine de développement.

Pour le citoyen, cependant, le chiffre de 30 MWp est moins important qu’une autre question :

Est-ce que cela permettra réellement d’avoir davantage d’électricité disponible et plus régulièrement ?

C’est sur cette réalité quotidienne que devra se mesurer l’impact du projet.

ÉLEVAGE : PASSER DU BÉTAIL SUR PIED À LA CRÉATION DE VALEUR

Le Tchad possède un important potentiel pastoral.

Mais depuis longtemps, la question revient : comment transformer davantage cette richesse en valeur ajoutée locale ?

Le partenariat annoncé entre Ceva Santé Animale et le Groupe Kibervet apporte une partie de la réponse envisagée.

Il concerne notamment la santé animale, les produits vétérinaires et le développement d’infrastructures de transformation, avec notamment un projet d’abattoir moderne.

L’enjeu dépasse donc la seule question vétérinaire.

Il concerne toute une chaîne :

éleveur → santé animale → production → transformation → conservation → commercialisation → consommation.

Si cette chaîne se développe localement, elle pourrait créer de nouvelles opportunités pour les éleveurs, les techniciens, les transporteurs, les transformateurs et les jeunes entrepreneurs.

Mais là encore, le suivi sera déterminant.

SUCRE : SOMDIA VEUT RENFORCER LA FILIÈRE

Autre annonce à suivre : celle du groupe agro-industriel Somdia, qui a fait part de son intention d’investir plusieurs dizaines de millions d’euros dans le développement de la production sucrière au Tchad.

Le montant précis et le calendrier complet du projet n’ont pas été rendus publics.

L’intérêt de cette annonce réside néanmoins dans son potentiel pour l’agriculture et l’industrie.

Une filière sucrière plus performante peut avoir des effets sur la production agricole, l’emploi, les fournisseurs locaux et la transformation industrielle.

Mais elle pose également des questions importantes sur l’utilisation des terres, l’eau, l’environnement et la place des producteurs locaux.

Pour une presse attachée au développement durable, ces questions méritent d’être posées dès le départ.

SANTÉ : CONSTRUIRE, MAIS AUSSI FORMER

Le secteur sanitaire figure également parmi les domaines abordés.

Un partenariat avec Ellipse Group prévoit notamment des projets de centres de santé et un volet consacré à la formation des infirmiers.

L’idée est intéressante : une infrastructure sanitaire n’a de véritable utilité que si elle dispose également de personnel qualifié, d’équipements, de médicaments et de moyens de fonctionnement.

Construire un centre de santé est une chose.

Le faire fonctionner correctement pendant plusieurs années en est une autre.

Le défi sera donc de regarder non seulement le nombre de centres construits, mais aussi leur fonctionnement réel et leur accessibilité pour les populations.

FORMATION : INVESTIR DANS LES COMPÉTENCES

Le Forum a également mis en avant la formation professionnelle et l’entrepreneuriat.

Le projet porté avec MK Formation prévoit notamment une école de l’entrepreneuriat et des formations dans les métiers manuels.

Dans un pays où une grande partie de la population est jeune, cette question est fondamentale.

Les investissements peuvent créer des infrastructures.

Mais ce sont les compétences qui permettent de les faire fonctionner.

Un technicien, un électricien, un soudeur, un mécanicien, un informaticien, un agronome, un vétérinaire ou un entrepreneur peuvent devenir aussi importants qu’une nouvelle infrastructure.

La question à suivre sera donc celle de l’insertion :

combien de jeunes seront formés et combien trouveront effectivement un emploi ou créeront une activité.

RECHERCHE ET ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR : PRÉPARER LE TCHAD DE DEMAIN

Un mémorandum d’entente autour d’un projet de centre de recherche et d’enseignement supérieur a également été annoncé avec MOBIS.

L’ambition affichée rejoint un enjeu plus large : permettre au Tchad de disposer davantage de compétences nationales capables d’accompagner ses propres transformations.

Agriculture, santé, infrastructures, numérique et technologies nécessitent des chercheurs, des ingénieurs, des techniciens et des entrepreneurs.

Sans investissement dans le capital humain, les infrastructures risquent de dépendre durablement de compétences venues de l’extérieur.

INFRASTRUCTURES : DES ROUTES ET DES PONTS POUR CONNECTER LES TERRITOIRES

Les infrastructures occupent également une place importante dans la stratégie d’investissement.

L’entreprise française Matière, spécialisée notamment dans les infrastructures et les solutions de franchissement, figure parmi les entreprises intéressées par les opportunités tchadiennes.

Pour les populations rurales, un pont ou une route peut changer beaucoup de choses.

Il peut réduire le temps de déplacement, faciliter l’accès au marché, permettre aux agriculteurs d’écouler leurs produits et rapprocher les populations des écoles ou des centres de santé.

Mais, ici encore, la question n’est pas seulement de construire.

Il faudra également assurer la qualité, l’entretien et la durabilité des infrastructures.

LES PRINCIPAUX PARTENARIATS ET PROJETS À SUIVRE

SecteurEntreprise françaisePartenaire / interlocuteur tchadienProjet ou partenariat annoncé
LogistiqueAGLPartie tchadiennePort sec de Toukra
Santé animaleCeva Santé AnimaleGroupe KibervetSanté animale, produits vétérinaires, abattoir
SantéEllipse GroupPartie tchadienneCentres de santé et formation infirmière
RechercheMOBISInstitution tchadienne compétenteCentre de recherche et d’enseignement supérieur
FormationMK FormationPartenaires tchadiensEntrepreneuriat et métiers manuels
ÉnergieQairPartenaires tchadiensSolaire à Gassi et Lamadji
Agro-industrieSomdiaFilière sucrière tchadienneDéveloppement de la production sucrière
InfrastructuresMatièrePartenaires tchadiensInfrastructures et désenclavement

Attention : tous ces dossiers ne se trouvent pas au même niveau de formalisation. Certains correspondent à des protocoles ou mémorandums annoncés, d’autres à des projets d’investissement ou à des discussions avancées. Le suivi de leur mise en œuvre est donc indispensable.

CE QUE LE FORUM DIT DE LA RELATION FRANCE–TCHAD

Au-delà des entreprises et des chiffres, le Forum traduit aussi une volonté de renforcer le volet économique des relations entre les deux pays.

La présence de responsables gouvernementaux, de diplomates et d’entreprises montre que la coopération ne se limite plus aux questions institutionnelles.

Elle cherche également à investir davantage les secteurs productifs.

La présence de l’ambassadeur de France au Tchad, Éric Gérard, dans cette dynamique illustre également l’importance accordée au développement des relations économiques et aux échanges entre les acteurs des deux pays.

Mais une relation économique durable ne peut pas reposer uniquement sur les grandes entreprises.

Elle doit aussi permettre aux PME tchadiennes, aux entrepreneurs, aux jeunes et aux producteurs locaux de trouver leur place.

PARIS : LE RENDEZ-VOUS ÉTAIT ÉCONOMIQUE. LE PROCHAIN SERA SUR LE TERRAIN.

Le 25 septembre 2026, les acteurs français et tchadiens se sont retrouvés à Paris pour parler d’investissements.

Ils ont présenté des projets.

Ils ont recherché des partenaires.

Ils ont signé ou annoncé des accords.

Ils ont posé des ambitions.

Mais le développement ne se construit pas dans les salons.

Il se construit dans les entreprises, les exploitations agricoles, les élevages, les écoles, les centres de santé, les chantiers, les quartiers et les villages.

Paris a donné une impulsion.

Le terrain devra maintenant apporter les preuves.

Et c’est là que se trouve le véritable rendez-vous entre le Tchad, la France et les populations.

De Paris au Tchad, suivons les engagements. Mesurons les résultats. Écoutons les bénéficiaires.

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