Oulan-Bator, Mongolie — À la COP17 de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD), le Tchad ne s’est pas limité à exposer les défis auxquels il fait face. À travers une série d’interventions de haut niveau et de rencontres bilatérales, le pays a également défendu des solutions concrètes pour renforcer la résilience de ses populations, restaurer ses terres et mobiliser davantage de financements climatiques.

À la tête de la délégation tchadienne, le Ministre de l’Environnement, de la Pêche et du Développement durable, Hassan Bakhit Djamous, a porté le plaidoyer du Tchad autour de trois priorités : sécuriser l’eau, restaurer les terres et préserver les moyens d’existence.
Faire de la sécheresse un enjeu de développement
Lors d’un panel de haut niveau consacré à la sécheresse hydrique, le ministre a souligné la nécessité de ne plus considérer la sécheresse comme une succession de crises ponctuelles, mais comme un défi structurel qui touche la sécurité alimentaire, les activités économiques et la stabilité des territoires.

Cette vision s’inscrit dans le Plan national de développement « Tchad Connexion 2030 », avec notamment le Projet d’Appui à la Sécurité de l’Eau et à la Résilience au Tchad (PASER).
Le ministre a appelé à renforcer les financements climatiques et concessionnels, les systèmes d’alerte précoce ainsi que les investissements intégrés dans l’eau, l’agriculture, l’élevage et la restauration des écosystèmes.
Restaurer les terres pour renforcer la stabilité
Le Tchad a également mis en avant le lien entre dégradation des terres, migrations et conflits autour des ressources naturelles.

Lors d’un segment de haut niveau organisé par l’OIM sur le thème « Restaurer les terres, l’espoir et la stabilité », le Secrétaire général du ministère, Koularambaye Koundja Julien, représentant le ministre, a rappelé que la désertification constitue une réalité quotidienne pour de nombreuses communautés.
Son intervention s’est articulée autour de trois axes : prévention, en faisant de la restauration des terres un pilier des politiques de développement et de sécurité ; coopération, en intégrant la dégradation des terres dans les stratégies de prévention des conflits et de gestion des migrations ; et participation, en associant davantage les communautés locales, les éleveurs et les jeunes aux projets.
Cinq millions d’hectares à restaurer d’ici 2030
Au segment ministériel de haut niveau du 24 août, Hassan Bakhit Djamous, représentant le Président de la République, Maréchal Mahamat Idriss Deby Itno, a rappelé l’ampleur du défi.
Plus de 91 % du territoire tchadien est classé en zone aride ou semi-aride, tandis qu’une importante partie des parcours pastoraux est dégradée ou menacée.
Face à cette situation, le Tchad affiche des objectifs ambitieux : planter 10 millions d’arbres et restaurer 5 millions d’hectares de terres dégradées à l’horizon 2030, dans le cadre de la Neutralité en matière de Dégradation des Terres (NDT).
Le pays a par ailleurs présenté des résultats déjà enregistrés, avec 35 000 hectares de terres dégradées récupérés, près de 3 millions de plants mis en terre et 18 fermes agricoles construites.
La Grande Muraille Verte, un levier pour mobiliser les financements climatiques
En marge de la COP17, le Tchad a également renforcé son plaidoyer financier à travers la Grande Muraille Verte.

Le Secrétaire général du ministère, Koularambaye Koundja Julien, représentant le ministre, a conduit une rencontre bilatérale avec Nabil Ben Khatra, Secrétaire exécutif de l’Observatoire du Sahara et du Sahel (OSS).
La rencontre s’est tenue en présence de Tahar Allatchi Galma, Directeur général de la Grande Muraille Verte, et de Kodou Choukou, Conseiller du ministre.
Les discussions ont notamment porté sur l’état d’avancement de plusieurs projets soumis pour le Tchad auprès des mécanismes internationaux de financement climatique.
Parmi les dossiers examinés figure le projet Oasis-Tchad, d’un montant de 10 millions de dollars, déjà approuvé par le Fonds d’adaptation et qui attend la réactualisation de la lettre d’endossement par l’Agence de la Grande Muraille Verte.

Le projet régional ECOVERSE, développé conjointement par le Tchad et le Togo, représente quant à lui 25,25 millions de dollars sollicités auprès du Fonds d’adaptation. Le dossier est en cours d’approbation après les observations formulées par l’équipe technique.
Autre initiative d’envergure : le projet régional LACCCA, consacré à l’adaptation aux changements climatiques dans la région du Lac Tchad. Réunissant le Cameroun, le Niger, le Nigeria et le Tchad, il prévoit un financement indicatif de 25 millions de dollars auprès du Fonds vert pour le climat et a déjà fait l’objet d’un premier examen par le secrétariat du Fonds.
400 000 dollars pour soutenir l’innovation
La coopération avec l’OSS ouvre également des perspectives pour les porteurs de projets locaux.
Dans le cadre du Regional Support Programme for the Great Green Wall (RSP-GGW), financé par le Fonds international de développement agricole (FIDA), le Tchad devrait bénéficier d’environ 400 000 dollars sous forme de subventions destinées à soutenir des projets innovants, en complément des activités prévues pour renforcer les capacités.
Ces perspectives financières illustrent la volonté du Tchad de passer d’un plaidoyer général à une mobilisation plus concrète des ressources nécessaires à la restauration des terres et à l’adaptation climatique.
Le Lac Tchad, autre urgence majeure
La situation du Lac Tchad a également occupé une place importante dans le plaidoyer de la délégation.
Le gouvernement tchadien entend renforcer les initiatives de restauration des berges, notamment à travers le reboisement à grande échelle. L’enjeu dépasse la seule question environnementale : l’évolution du lac affecte directement l’agriculture, l’élevage, la pêche et les moyens de subsistance des populations du bassin.
Un dialogue renforcé avec la Convention climat
En marge de la COP17, le ministre Hassan Bakhit Djamous a également échangé avec Simon Stiell, Secrétaire exécutif de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC/UNFCCC).

Les discussions ont porté sur les engagements climatiques du Tchad, le PASER, l’initiative POLOwni² A, le Plan « Tchad Connexion 2030 » et la question de l’accès aux financements climatiques.
Le ministre a notamment plaidé pour un accès plus direct et plus efficace du Tchad aux ressources disponibles, ainsi que pour l’accompagnement nécessaire à l’accréditation d’institutions nationales auprès des mécanismes internationaux de financement.
Les échanges ont également permis d’aborder les prochaines échéances climatiques internationales, notamment la préparation de la COP31 et les perspectives de la COP32 à Addis-Abeba, présentée comme une opportunité majeure pour renforcer la prise en compte des priorités africaines.
De la restauration des terres à une économie de résilience
À Oulan-Bator, le Tchad a donc porté un message à la fois environnemental, économique et social.

La Grande Muraille Verte, la restauration des terres, la sécurisation de l’eau, la protection du Lac Tchad et la mobilisation des financements climatiques apparaissent désormais comme des composantes complémentaires d’une même stratégie : renforcer la résilience des populations face aux effets du changement climatique.
Avec des projets déjà soumis ou en cours d’examen et des objectifs nationaux clairement affichés, le défi consiste désormais à transformer les engagements en réalisations concrètes sur le terrain.
À travers sa participation à la COP17, le Tchad cherche ainsi à faire entendre la voix d’un pays fortement exposé aux effets du changement climatique, tout en présentant des solutions et en recherchant les partenariats et financements nécessaires pour passer à l’échelle.
Restaurer les terres, sécuriser l’eau, protéger les communautés et mobiliser les financements : pour le Tchad, la résilience climatique se construit désormais dans l’action.




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