Du satellite à l’intelligence artificielle : le CNRD structure sa souveraineté numérique avec le LAREINE et le LABSAT-TC

N’Djamena, 26 août 2026. Le Tchad veut désormais penser sa transformation numérique à partir de ses propres réalités. Dans un pays vaste, confronté à de fortes contraintes géographiques et où l’accès à la connectivité demeure un défi dans de nombreuses zones, la recherche scientifique entend jouer un rôle central.

C’est dans cette dynamique que le Centre National de Recherche pour le Développement (CNRD) franchit une nouvelle étape avec la création officielle du Laboratoire de Recherche en Environnements d’Interconnexion et Nœuds d’Échanges (LAREINE).

L’arrêté ministériel signé le 26 août 2026 par le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de la Formation professionnelle, Dr Sitack Yombatina, institue officiellement ce laboratoire au sein du CNRD.

Derrière cette décision institutionnelle se trouve une ambition qui dépasse la simple création d’une nouvelle structure : construire progressivement les bases scientifiques et technologiques d’une souveraineté numérique tchadienne.

« Pas d’e-gouvernance ni d’intelligence artificielle sans connectivité résiliente »

Le constat est simple mais stratégique : les applications d’intelligence artificielle, les services publics numériques, l’e-gouvernance, la télémédecine, l’enseignement à distance ou encore les services numériques destinés aux populations rurales ne peuvent fonctionner durablement sans infrastructures de communication fiables.

Le LAREINE est précisément appelé à travailler sur cette couche fondamentale.

Selon son arrêté de création, le laboratoire est consacré à la connectivité alternative et à la sécurité des infrastructures numériques. Ses missions comprennent notamment la recherche appliquée sur les solutions de connectivité adaptées aux contraintes climatiques, énergétiques et géographiques du Tchad.

Il devra également suivre l’évolution des satellites de nouvelle génération, des réseaux mobiles avancés et de l’informatique en périphérie, mais aussi concevoir des solutions satellitaires permettant d’assurer une couverture dans les zones isolées ou en situation d’urgence.

Un laboratoire pensé pour les zones enclavées

La question de la couverture numérique prend une dimension particulière au Tchad en raison de l’immensité du territoire et des contraintes liées aux zones rurales et enclavées.

Le LAREINE prévoit ainsi de travailler sur des technologies telles que les réseaux LPWAN et les réseaux maillés, susceptibles de répondre aux contraintes de coût, de maintenance et d’accès à l’énergie dans certaines zones rurales.

L’objectif n’est donc pas seulement de connecter davantage de personnes, mais de rechercher des solutions adaptées au contexte tchadien, en tenant compte des réalités climatiques, énergétiques et géographiques.

Cette approche rejoint les travaux déjà développés au CNRD autour des communications alternatives et satellitaires. Le document de synthèse du LABSAT-TC souligne notamment la nécessité de développer une autonomie technologique nationale dans les communications spatiales et de concevoir des solutions adaptées aux conditions sahéliennes.

LABSAT-TC : le volet satellite et IoT déjà opérationnel

Dans cet écosystème scientifique, le LABSAT-TC – Laboratoire de Solutions Alternatives et Transmissions Satellitaires du Tchad constitue un autre maillon important.

Les documents de présentation indiquent que le LABSAT-TC est un laboratoire satellite et IoT du CNRD, consacré notamment aux télécommunications, à l’Internet des objets et au développement de protocoles de communication propriétaires.

Son infrastructure comprend notamment des postes de travail de recherche et développement multi-écrans, une baie de brassage réseau, un poste de diagnostic et de test ainsi qu’un banc de test électronique et de capteurs.

Le laboratoire est présenté comme opérationnel, avec un cofinancement PATN/CARDIP sollicité pour son extension.

Cette infrastructure montre que la réflexion sur la connectivité alternative n’est pas uniquement théorique. Elle s’appuie déjà sur des équipements et des capacités de recherche permettant de travailler sur les systèmes de communication, les réseaux et les solutions technologiques adaptées au contexte national.

Un projet à l’échelle d’un territoire de 1,28 million de km²

Le projet LABSAT-TC part d’une problématique majeure : une couverture de connectivité encore limitée sur un territoire d’environ 1,28 million de kilomètres carrés, avec des composants critiques exposés à des conditions climatiques difficiles.

Le projet prévoit notamment de qualifier thermiquement les composants critiques des kits LoRaWAN, de tester les équipements dans des conditions désertiques et industrielles et de contribuer à porter la couverture réseau nationale à 95 % d’ici 2030.

Le document de synthèse du projet fixe également un horizon de développement autour de la souveraineté technologique, de l’inclusion numérique, de la formation et du transfert de compétences. Il prévoit notamment la formation de 120 ingénieurs et techniciens spécialisés sur cinq ans.

Du satellite aux réseaux intelligents

L’ambition scientifique affichée va au-delà de la simple transmission de données.

Le LABSAT-TC prévoit des recherches sur des systèmes hybrides combinant technologies satellitaires et terrestres, ainsi que sur des protocoles de communication adaptés aux contraintes sahéliennes. Le projet envisage également l’utilisation de l’intelligence artificielle pour optimiser certains paramètres de transmission, notamment l’adaptation de la puissance, la sélection des fréquences, la modulation et le routage.

La logique est donc progressive : connecter, optimiser, sécuriser et rendre les infrastructures plus autonomes.

Cette orientation prend également en compte les besoins des populations nomades et des zones à faible densité. Le projet prévoit notamment des mécanismes de continuité de service et de gestion de mobilité adaptés aux vastes territoires sahéliens.

La cybersécurité, une autre priorité du LAREINE

Dans un environnement numérique en pleine expansion, connecter sans sécuriser constituerait une nouvelle vulnérabilité.

C’est pourquoi le LAREINE inscrit la cybersécurité au cœur de ses missions. Le laboratoire devra assurer une veille technologique et conduire des recherches destinées à protéger les infrastructures de connectivité contre les menaces informatiques.

Il est également appelé à contribuer au renforcement des compétences nationales dans plusieurs domaines : ingénierie satellitaire, Internet des objets et cybersécurité.

L’objectif est ainsi de faire émerger une expertise nationale capable non seulement d’utiliser les technologies importées, mais progressivement de concevoir, adapter, sécuriser et maintenir des solutions répondant aux besoins du pays.

Une complémentarité avec les autres capacités scientifiques du CNRD

La création du LAREINE doit être comprise comme une pièce supplémentaire dans l’écosystème de recherche du CNRD.

Dans cette architecture, les différents laboratoires et projets peuvent répondre à des besoins complémentaires : développement de contenus et de services numériques, intelligence artificielle, solutions satellitaires, Internet des objets, interconnexion, cybersécurité et infrastructures de transmission.

Le principe est particulièrement important : les services numériques ne peuvent être efficaces que s’ils peuvent circuler jusqu’aux utilisateurs.

Autrement dit, l’innovation numérique a besoin d’une infrastructure capable de transporter cette innovation jusque dans les zones les plus éloignées.

Une contribution à l’ODD 9

Cette stratégie rejoint directement l’Objectif de développement durable n°9, consacré à l’industrie, à l’innovation et aux infrastructures.

Le projet LABSAT-TC identifie notamment la cible 9.1, consacrée aux infrastructures de qualité, fiables, durables et résilientes, ainsi que la cible 9.c relative à l’accès accru aux technologies de l’information et de la communication.

Le projet fixe également plusieurs perspectives d’impact, parmi lesquelles l’augmentation de l’accès à Internet, l’amélioration de la connectivité rurale et la création de centres de connectivité.

Une ambition économique et scientifique

La souveraineté numérique ne se limite pas à la sécurité des réseaux. Elle peut également devenir un secteur de création d’emplois, de compétences et de valeur.

Le projet LABSAT-TC prévoit notamment la formation d’ingénieurs spécialisés, le développement d’un écosystème d’innovation et l’accompagnement de startups dans le domaine spatial. Son document de synthèse projette également la création de plusieurs centaines d’emplois hautement qualifiés à l’horizon 2030.

Le projet envisage par ailleurs des activités liées aux licences de brevets, à la certification des équipements, à la formation technique et au conseil technologique.

Ces perspectives traduisent une volonté de faire de la recherche non seulement un outil de connaissance, mais aussi un moteur d’innovation et de développement économique.

Une reconnaissance à l’endroit des responsables du CNRD

À la suite de l’officialisation du LAREINE, l’équipe porteuse du projet exprime sa profonde gratitude et salue la contribution des responsables ayant permis son aboutissement.

Dr Abakar Kerima Saleh, chargé de recherche au CNRD, adresse ses sincères félicitations au Directeur général du CNRD, le Professeur Mahamoud Youssouf Khayal, ainsi qu’à la Directrice adjointe du CNRD, dont la clairvoyance et l’engagement sont présentés comme déterminants dans la concrétisation de cette initiative.

L’équipe exprime également sa reconnaissance au Ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de la Formation professionnelle, Dr Sitack Yombatina, pour son leadership et son soutien à cette initiative stratégique.

Le défi désormais : passer de la création à l’impact

La signature de l’arrêté constitue une étape institutionnelle importante. Mais le véritable enjeu commence maintenant.

La création du LAREINE ouvre la voie à une nouvelle phase : mobilisation des ressources, constitution des équipes, développement des partenariats, conduite des recherches, expérimentation sur le terrain et surtout transformation des résultats scientifiques en solutions concrètes pour les populations.

Le LAREINE dispose, selon son arrêté, de plusieurs leviers pour cela : une dotation budgétaire annuelle du CNRD, du personnel scientifique et technique, des infrastructures dédiées et la possibilité de mobiliser des ressources issues de contrats de recherche, de bailleurs, de partenariats public-privé et de coopérations nationales et internationales.

L’arrêté prévoit également la possibilité pour le laboratoire de conclure des conventions de collaboration, des accords de cotutelle de thèse et des contrats de prestation, sous réserve de l’approbation du Directeur général du CNRD.

Un tournant pour la recherche numérique tchadienne ?

La création du LAREINE et les capacités déjà développées autour du LABSAT-TC témoignent d’une même conviction : la souveraineté numérique commence par la maîtrise des infrastructures qui permettent au numérique de fonctionner.

Pour le Tchad, l’enjeu est considérable.

Il s’agit de pouvoir connecter les administrations, les écoles, les centres de santé, les entreprises et les communautés rurales ; de permettre aux innovations numériques d’atteindre les zones enclavées ; de sécuriser les données et les infrastructures ; mais aussi de former une nouvelle génération d’ingénieurs, de chercheurs et de techniciens.

L’intelligence artificielle peut produire des solutions. L’e-gouvernance peut rapprocher l’État du citoyen. L’Internet des objets peut transformer l’agriculture, la santé ou l’environnement. Mais tout cela nécessite un réseau capable de transporter ces innovations, partout où elles sont nécessaires.

Avec la création officielle du LAREINE, le CNRD entend précisément travailler sur ce maillon essentiel.

Du satellite à l’Internet des objets, de la connectivité à la cybersécurité, la recherche tchadienne cherche désormais à bâtir les fondations technologiques d’un numérique plus résilient, plus inclusif et davantage maîtrisé au niveau national.

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