N’Djaména, 14 septembre 2026 — La Présidence de l’Université de N’Djaména a accueilli, ce lundi 14 septembre 2026, la cérémonie de lancement d’une formation en pédagogie numérique destinée aux enseignants et enseignants-chercheurs. Organisée dans le cadre du projet FEF – Appui à la professionnalisation de l’enseignement supérieur au Tchad (APES-Tchad), cette initiative entend accompagner l’évolution des méthodes d’enseignement dans un contexte où les outils numériques occupent une place croissante dans l’éducation.
La cérémonie de lancement s’est déroulée en présence notamment de représentants du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de la Formation professionnelle, de l’Office national pour la promotion de l’emploi (ONAPE), des établissements bénéficiaires du projet, ainsi que des enseignants, chercheurs et participants à la formation.

La cérémonie a été officiellement lancée par le Pr Zakinet Dangbet, Directeur de la recherche et de la coopération au ministère de l’Enseignement supérieur, représentant le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de la Formation professionnelle.

Dans son intervention, le représentant du ministre a d’abord exprimé sa reconnaissance à l’Ambassade de France au Tchad ainsi qu’au ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères, pour leur appui à cette initiative.
Mais au-delà des outils et des plateformes, son message a surtout porté sur une question fondamentale : comment mieux transmettre le savoir aux étudiants ?
« Que reste-t-il à l’étudiant si nous n’avons rien transmis ? »
Avec un ton à la fois direct et proche du vécu des enseignants, le Pr Zakinet Dangbet a invité les participants à porter un regard critique sur certaines pratiques pédagogiques traditionnelles.
Il a notamment évoqué le cas d’enseignants autrefois considérés comme particulièrement sévères, voire réputés pour « distribuer les mauvaises notes ». Une situation qui, selon lui, doit pousser le monde universitaire à s’interroger sur la finalité de l’enseignement.
« Mais là, une fois qu’on a distribué les mauvaises notes, qu’est-ce qu’il nous reste, nous, en tant qu’enseignant ? Qu’est-ce qu’on a transmis aux étudiants ? », s’est-il interrogé.
Pour le responsable du ministère, l’échec massif des étudiants à une évaluation ne devrait pas uniquement être considéré comme la conséquence d’un manque de travail de leur part. Il peut également constituer un signal invitant l’enseignant à questionner ses propres méthodes de transmission du savoir.
Cette approche marque, selon lui, une évolution importante de la pédagogie universitaire :
l’enseignant ne doit plus seulement être celui qui détient et impose le savoir, mais également celui qui accompagne l’étudiant dans son apprentissage.
De l’enseignant « patron » au tuteur-facilitateur
La pédagogie numérique s’inscrit précisément dans cette évolution.
Le Pr Zakinet Dangbet a souligné que les enseignants doivent désormais apprendre à utiliser les outils disponibles pour répondre aux nouvelles réalités de la vie étudiante.
Un étudiant peut être dans un bus, malade à l’hôpital, en déplacement ou empêché d’assister physiquement à un cours. Grâce aux outils numériques, l’apprentissage peut continuer au-delà des murs de l’université.
« On peut être là, en train de suivre le cours, mais sans être là physiquement », a-t-il relevé, mettant en avant les possibilités offertes par l’enseignement hybride et à distance.
Cette transformation suppose cependant une condition : maîtriser les outils et savoir les intégrer intelligemment dans la pédagogie.
L’objectif n’est donc pas de remplacer l’enseignant par la technologie, mais de faire du numérique un moyen supplémentaire pour mieux transmettre les connaissances, accompagner les apprenants et favoriser leur autonomie.
La France accompagne la transformation des pratiques

Dans son allocution, le COCAC a souligné l’importance de cette initiative dans un contexte où les transformations technologiques imposent progressivement de nouvelles méthodes d’enseignement et d’apprentissage.
« Dans un monde où tout évolue très vite, l’adoption et la maîtrise de nouvelles pratiques ne sont plus un choix », a-t-il notamment relevé, appelant les acteurs de l’enseignement supérieur à adopter une posture de responsabilité face à ces changements.
Prenant la parole au nom de la coopération française, le COCAC a rappelé que cette formation intervient dans la continuité des actions engagées dans le cadre du projet APES-Tchad.
En novembre 2025, l’Université numérique avait effectué une première mission au Tchad à l’occasion du lancement de la plateforme numérique du projet. Une convention-cadre tripartite avait alors été signée entre le ministère de l’Enseignement supérieur, l’Ambassade de France et l’Université numérique.
Cette nouvelle mission vise notamment à renforcer les compétences des formateurs dans la conception de scénarios pédagogiques favorisant l’autonomisation et l’employabilité des étudiants, ainsi que dans l’utilisation des Ressources éducatives libres.
Selon le COCAC, le projet APES-Tchad constitue un véritable espace d’observation, d’innovation et de transformation des pratiques, particulièrement dans les filières liées à l’agriculture et à l’élevage.
L’ambition est de permettre aux diplômés d’acquérir des compétences facilitant leur insertion professionnelle, aussi bien comme salariés que comme entrepreneurs.
22 actions pour professionnaliser l’enseignement supérieur

Le projet APES-Tchad s’articule autour de plusieurs axes. Il prévoit notamment la transformation des contenus de formation, l’analyse des besoins du monde professionnel, la mise en place d’une base de données des structures d’accueil pour les stages, l’octroi de bourses de stages, ainsi que des activités consacrées à l’entrepreneuriat et à la recherche d’emploi.
Le deuxième axe concerne directement les pratiques des formateurs. Il comprend notamment la formation en pédagogie universitaire, le financement de microprojets d’innovation pédagogique, les missions de formation dans la sous-région et, désormais, la formation en pédagogie numérique.
Enfin, le projet prévoit la création d’un environnement favorisant l’accompagnement des étudiants, avec notamment une plateforme numérique multimodale, des points focaux dans les établissements bénéficiaires, la mise en place prochaine de Cellules d’Accompagnement à l’Orientation et à l’Insertion professionnelle (CAOIP) et de guichets de l’emploi des jeunes, en partenariat avec l’Office national pour la promotion de l’emploi.
À terme, les partenaires espèrent disposer, d’ici à la fin du projet prévue en juin 2027, d’un modèle susceptible d’être étendu à d’autres filières de l’enseignement supérieur tchadien.
Une semaine pour apprendre autrement

La formation, animée par deux expertes venues de France, Mme Carole Schorle-Scarjan et Mme Camite Monge, se déroule du 14 au 19 septembre 2026, avec un suivi post-formation prévu à distance le 4 décembre.
Les participants sont appelés à apprendre à concevoir et piloter des dispositifs d’enseignement hybride centrés sur l’apprenant, en intégrant des ressources numériques et en adoptant une posture de tuteur-facilitateur.
Au programme figurent notamment la conception de scénarios pédagogiques, l’utilisation de la plateforme Moodle, les Ressources éducatives libres et les licences Creative Commons, la classe inversée, les méthodes d’animation et d’engagement des apprenants, ainsi que les nouvelles approches d’évaluation.
Une place est également accordée à l’intelligence artificielle en pédagogie, avec la découverte de différents outils susceptibles d’appuyer la préparation des cours, la création de cas d’étude et la conception d’outils d’évaluation.
La formation doit s’achever par la présentation des scénarios pédagogiques élaborés par les participants et la remise des attestations de participation.
L’Université face à une nouvelle génération d’apprenants

À travers cette initiative, l’enjeu dépasse donc la simple acquisition de compétences numériques. Il s’agit aussi de repenser la relation entre l’enseignant, le savoir et l’étudiant.
Dans un monde universitaire où les étudiants utilisent déjà massivement les outils numériques, l’un des défis consiste désormais à faire de ces technologies des instruments au service de la qualité de l’enseignement, plutôt que de simples supports techniques.
Le message porté lors de cette cérémonie est clair : les enseignants sont appelés à s’adapter à leur époque pour mieux accompagner les étudiants et rendre le savoir accessible dans des situations d’apprentissage de plus en plus diversifiées.
MT180 : rendez-vous ce mardi à l’Université de N’Djaména
En marge de cette dynamique universitaire, le public est cordialement invité à assister, ce mardi 15 septembre 2026 à partir de 8 heures, à la finale nationale du concours Ma Thèse en 180 secondes (MT180), organisée à la Présidence de l’Université de N’Djaména.
Une occasion de venir encourager les jeunes talents de la recherche scientifique tchadienne et de découvrir, en seulement trois minutes, leurs travaux et leurs capacités à rendre la science accessible au grand public.
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