Entre inquiétudes sur la mortalité communautaire, interrogations sur le retard de la riposte et insuffisance des moyens sanitaires, l’épidémie de dengue a suscité un débat particulièrement suivi à l’Assemblée nationale. Le ministre de la Santé publique et de la Prévention, Dr Abdelmadjid Abderahim, a défendu les mesures gouvernementales tout en annonçant le renforcement des interventions sur le terrain.
La dengue continue de susciter de vives préoccupations au Tchad. Face à la progression de cette maladie, l’Assemblée nationale a consacré, mercredi 4 novembre 2026, une séance de questions orales avec débats à la situation épidémiologique qui touche N’Djaména et plusieurs provinces du pays.

Présidée par le président de l’Assemblée nationale, Ali Kolotou Tchaïmi, cette séance a permis aux députés d’interpeller le ministre de la Santé publique et de la Prévention, Dr Abdelmadjid Abderahim, sur la gestion de l’épidémie, les moyens de prise en charge des malades, la fiabilité des statistiques et les mesures engagées pour freiner la propagation de la maladie.
Des chiffres qui interpellent et des questions sur l’anticipation de la crise
À l’origine de cette interpellation, le député Moussa Hamid Elimy a soulevé plusieurs préoccupations relatives à la gestion de l’épidémie. Il a notamment interrogé le Gouvernement sur le délai entre les premiers signalements et la déclaration officielle de la dengue.
Selon les éléments évoqués au cours des débats, des cas suspects avaient été signalés dès juillet 2026 dans les camps de réfugiés du Wadi Fira. Un premier cas avait été confirmé à N’Djaména le 24 juillet, tandis que la déclaration officielle de l’épidémie est intervenue le 3 octobre.
Le parlementaire a ainsi appelé à dépasser les simples communications administratives et les présentations statistiques pour privilégier une réponse coordonnée, rapide et adaptée aux réalités du terrain.
Une autre intervention particulièrement remarquée est celle du doyen des députés, Abderamane Djasnabaye, qui a exprimé ses réserves sur le bilan officiel des décès. Estimant que les chiffres communiqués ne reflétaient pas suffisamment la situation observée dans les quartiers et les communautés, il a demandé davantage de transparence sur la mortalité enregistrée dans le pays.
Au-delà de ces interventions, les parlementaires ont également soulevé plusieurs difficultés : insuffisance du personnel soignant, manque de ressources dans les structures sanitaires, capacités d’accueil limitées des hôpitaux et nécessité d’améliorer la communication autour de l’épidémie.
Le ministre défend les statistiques et précise les mesures de riposte

En réponse aux préoccupations des élus, Dr Abdelmadjid Abderahim a présenté la situation épidémiologique et les principales dispositions prises par les autorités sanitaires.
Selon le bilan communiqué au 3 novembre 2026, le Tchad comptabilise 6 275 cas suspects, 353 cas confirmés par les examens biologiques et 18 décès officiellement enregistrés. Six provinces sont concernées : N’Djaména, le Wadi Fira, le Ouaddaï, le Batha, le Barh El-Ghazal et le Sila.
Concernant les nombreux décès signalés dans les communautés, notamment dans la capitale, le ministre a apporté une clarification importante. Il a expliqué que les décès enregistrés en dehors des structures sanitaires ne peuvent être automatiquement attribués à la dengue sans investigations et confirmations médicales.
« Je ne dis pas qu’il n’y a pas de morts dans les communautés. Les décès enregistrés dans les communautés nécessitent une enquête », a-t-il précisé, selon les comptes rendus de la séance.
Le ministre a ainsi défendu la nécessité de s’appuyer sur des données médicalement vérifiées avant d’établir un lien direct entre un décès et l’épidémie. Cette position intervient alors que les inquiétudes des populations restent fortes face aux nombreuses disparitions signalées dans plusieurs quartiers de N’Djaména.
12 000 tests, 39 équipes et renforcement des capacités hospitalières

Sur le plan opérationnel, le ministre a annoncé plusieurs mesures destinées à améliorer la riposte sanitaire.
Parmi les dispositions présentées figurent la mise à disposition de 12 000 tests de dépistage, avec l’appui des partenaires techniques et financiers, ainsi que le déploiement de 39 équipes d’intervention dans les zones touchées.
Le Gouvernement a également engagé le renforcement des capacités d’accueil des structures sanitaires, notamment par l’installation de tentes médicalisées et l’ajout de lits supplémentaires dans certains établissements hospitaliers.
La gratuité de la prise en charge des malades figure également parmi les mesures annoncées pour faciliter l’accès aux soins.
Sur le plan médical, Dr Abdelmadjid Abderahim a insisté sur les difficultés liées au diagnostic de la dengue, dont les manifestations peuvent être confondues avec celles d’autres maladies, notamment le paludisme. Il a rappelé l’importance des examens biologiques pour confirmer les cas.
Le ministre a également souligné qu’il n’existe pas de traitement spécifique contre la dengue. La prise en charge repose essentiellement sur le traitement des symptômes et la surveillance médicale des patients. Il a par ailleurs indiqué qu’aucun vaccin homologué n’était intégré au dispositif de riposte présenté.
La prévention, une responsabilité collective

Au-delà des moyens médicaux, le ministre a insisté sur la nécessité d’une mobilisation communautaire pour limiter la propagation de la maladie.
Il a notamment appelé les populations à éliminer les eaux stagnantes, à débarrasser les concessions des récipients susceptibles de retenir l’eau, à se débarrasser des pneus usagés et à assainir régulièrement leur environnement.
Des opérations de désinsectisation des avions et des moyens de transport collectif ont également été évoquées dans le cadre de la prévention de la propagation des moustiques vecteurs.
Une semaine nationale spéciale de salubrité est par ailleurs annoncée. Elle devrait débuter à N’Djaména avant d’être étendue aux autres provinces.
Le ministre a invité les députés à devenir des relais de sensibilisation auprès de leurs populations respectives, estimant que la lutte contre la dengue ne saurait reposer uniquement sur les services de santé.
Les députés appellent à davantage de moyens et d’infrastructures
Dans la poursuite des échanges, plusieurs parlementaires ont demandé au Gouvernement de renforcer les ressources humaines, matérielles et financières du ministère de la Santé publique et de la Prévention.
Ils ont notamment plaidé pour l’amélioration des équipements médico-techniques, la construction de nouvelles infrastructures sanitaires et le renforcement des capacités des formations sanitaires sur l’ensemble du territoire national.
Les députés ont également recommandé la poursuite des campagnes de sensibilisation, de communication et d’engagement communautaire afin de responsabiliser les citoyens face aux mesures de prévention.
Tout en reconnaissant les efforts déjà fournis par le ministère, ils ont souligné que la lutte contre la dengue exige une mobilisation de toutes les forces vives de la nation.
Ali Kolotou Tchaïmi renouvelle le soutien de l’Assemblée nationale
À la clôture des débats, le président de l’Assemblée nationale, Ali Kolotou Tchaïmi, a salué la qualité des échanges et la pertinence des préoccupations exprimées par les députés. Il a souhaité que les différentes propositions formulées au cours de cette séance soient prises en considération par le Gouvernement.
Il a également félicité le ministre de la Santé publique et de la Prévention pour ses descentes sur le terrain, destinées à mieux cerner les difficultés rencontrées par les structures sanitaires déconcentrées et à apporter des réponses adaptées à leurs besoins.
Le président de l’institution parlementaire est également revenu sur la distinction du président de la République, le Maréchal Mahamat Idriss Déby Itno, en qualité de Champion de la vaccination, qu’il a présentée comme une reconnaissance des efforts du Tchad dans la lutte contre la poliomyélite.
Réaffirmant l’engagement de l’Assemblée nationale à accompagner les actions du ministère de la Santé, Ali Kolotou Tchaïmi a insisté sur la volonté commune des institutions de l’État de servir le peuple tchadien.
Une riposte qui doit désormais convaincre sur le terrain
Au terme de cette interpellation, une exigence ressort clairement des débats : au-delà des annonces et des engagements institutionnels, les populations attendent des résultats concrets, une meilleure accessibilité aux soins et une information transparente sur l’évolution de l’épidémie.
La question de la mortalité communautaire, la capacité des hôpitaux à accueillir les malades et l’efficacité des actions de prévention restent au cœur des préoccupations.
Face à cette situation, la lutte contre la dengue appelle une réponse durable associant les autorités sanitaires, les collectivités territoriales, les partenaires techniques et financiers, les médias et les communautés.
Car, dans cette bataille sanitaire, protéger les populations exige autant des moyens médicaux que de la prévention, de la transparence et de la responsabilité collective.
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