Les babouins de l’Ennedi, gardiens d’une mémoire millénaire : une conférence scientifique éclaire leurs liens fascinants avec l’Égypte antique

Ecrit par MEDD TV INFO

juin 26, 2026

N’Djamena, 26 juin 2026 – La grande salle de conférence du Centre National de Recherche pour le Développement (CNRD) a accueilli, ce vendredi, une conférence-débat de haut niveau consacrée à l’un des trésors les plus méconnus du patrimoine naturel tchadien : les babouins du massif de l’Ennedi. Organisée en partenariat avec la Réserve Naturelle et Culturelle de l’Ennedi (RNCE), cette rencontre a réuni chercheurs, universitaires, étudiants, responsables d’institutions et passionnés de la nature autour du thème : « Les babouins de l’Ennedi : leur univers singulier aujourd’hui et leur lien avec l’Égypte antique ».

Animée par la primatologue de renommée internationale, Catherine Louise Hobaiter, spécialiste du comportement des primates à l’Université de St Andrews en Écosse, la conférence était modérée par Abdallah Brahim El-hadj Ali, chargé de recherche au CNRD.

Dans son allocution d’ouverture, le Directeur général du CNRD, Mahamoud Youssouf Khayal, a souhaité la bienvenue aux participants avant de souligner la portée scientifique et culturelle de cette rencontre.

« Les babouins de l’Ennedi ne sont pas de simples primates évoluant dans l’un des paysages les plus spectaculaires du Sahara. Ils sont les témoins vivants d’une histoire millénaire, à la croisée de l’évolution biologique, des mutations climatiques et des représentations symboliques des sociétés humaines », a-t-il déclaré.

Le responsable du CNRD a rappelé que le massif de l’Ennedi constitue un territoire exceptionnel où canyons, arches naturelles, gueltas permanentes et peintures rupestres racontent plusieurs millénaires d’histoire. Dans cet environnement désertique particulièrement hostile, les babouins ont développé une remarquable capacité d’adaptation, suscitant autant l’intérêt des scientifiques que l’admiration du grand public.

Un patrimoine vivant au cœur du Sahara

Les populations de babouins qui vivent dans le massif de l’Ennedi, notamment autour des gueltas permanentes comme celle d’Archei, représentent un héritage biologique exceptionnel. Leur présence constitue un témoignage vivant de l’époque où le Sahara bénéficiait d’un climat beaucoup plus humide et verdoyant.

Selon la conférencière, l’étude de ces primates permet non seulement de mieux comprendre leur comportement et leur capacité d’adaptation aux conditions extrêmes, mais également d’apporter un éclairage nouveau sur l’histoire environnementale du Sahara et sur l’évolution des espèces au fil des changements climatiques.

Des liens étroits avec l’Égypte antique

Au-delà de leur intérêt écologique, les babouins de l’Ennedi entretiennent un lien historique fascinant avec les civilisations de l’Antiquité.

Dans l’Égypte ancienne, le babouin, principalement l’espèce Papio hamadryas, était considéré comme un animal sacré associé au dieu Thot, divinité de la sagesse, de l’écriture, du savoir et de la lune. Les chercheurs estiment que ces animaux, absents naturellement de la vallée du Nil, étaient importés depuis des régions africaines, probablement en provenance du légendaire pays de Pount, dont la localisation continue d’alimenter les recherches historiques.

Les peintures rupestres de l’Ennedi témoignent également de la présence ancienne de ces primates dans le Sahara et offrent aux archéozoologues des éléments précieux pour comprendre les relations entre les sociétés humaines et cette espèce emblématique.

La science au service de la conservation

Au cours de son exposé, la professeure Catherine Hobaiter a présenté les résultats de plusieurs années de recherches consacrées aux babouins vivant dans les zones désertiques. Elle a insisté sur la nécessité de poursuivre les études scientifiques afin de mieux protéger ces populations, aujourd’hui confrontées aux effets du changement climatique, à la raréfaction des ressources en eau et aux pressions humaines.

La conférence a également permis de sensibiliser les participants à l’importance de préserver la biodiversité saharienne et de valoriser le patrimoine naturel et culturel exceptionnel du Tchad.

En clôturant les travaux, le Directeur général du CNRD a exprimé le souhait que cette rencontre ouvre de nouvelles perspectives de coopération scientifique, tant au niveau national qu’international.

« Les babouins de l’Ennedi racontent une histoire qui dépasse les frontières du Tchad. Ils nous rappellent que notre patrimoine naturel est aussi un patrimoine de l’humanité, qu’il nous appartient de protéger et de transmettre aux générations futures », a-t-il conclu.

À travers cette conférence, le CNRD et la Réserve Naturelle et Culturelle de l’Ennedi réaffirment leur engagement à promouvoir la recherche scientifique, la conservation de la biodiversité et la valorisation d’un patrimoine unique, faisant du massif de l’Ennedi un véritable laboratoire naturel au cœur du Sahara.

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